1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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The Changing Shape of the Care Diamond: The Case of Child and Elderly Care in Japan



Il est de tradition au Japon que les soins aux enfants, aux personnes âgées, malades ou handicapées soient dispensés dans la famille. Comme l’un des Etats providence comptant la plus forte proportion de personnes âgées (ayant atteint ou dépassé l’âge de 65 ans), l’Etat était prestataire de certains services de soins mais ils restaient limités et n’accueillaient que ceux dont les besoins en la matière étaient les plus pressants. Cependant, plusieurs forces sociales ont obligé les pouvoirs publics à prendre une plus grande part à la prestation de ces services. Ce sont notamment le changement démographique (vieillissement), les modifications de la structure familiale (proportion croissante de ménages d’une personne et de ménages composés uniquement de personnes âgées) et, dans une certaine mesure, les changements survenus sur le marché du travail (augmentation de la part des femmes dans la population active).

Pour les soins aux personnes âgées, l’expansion rapide de la demande de services publics a coïncidé avec la réduction des dépenses sociales, conséquence d’un déficit budgétaire qui ne cessait de se creuser. Il est apparu évident que le gouvernement ne pourrait pas répondre à l’augmentation future de la demande de soins sans une réforme radicale. Aussi a-t-on créé, en 2000, l’assurance soins de longue durée (ASLD).

S’agissant de la garde des enfants, la baisse de la fécondité a fait réagir l’Etat. Son raisonnement a été essentiellement celui-ci: pour que la fécondité remonte, il fallait alléger la charge de l’éducation des enfants pour les femmes et l’un des moyens de le faire était de les encourager à travailler. Cependant, le rapport entre la prestation de services de garde par l’Etat et la fécondité n’a jamais été explicité ni vraiment compris, et les politiques mises en place pour la garde des enfants l’ont été sans enthousiasme ni cohérence.

Ce document d’Aya Abe décrit l’échelle à laquelle se pose le problème des soins aux personnes âgées au Japon, examine le rôle des pouvoirs publics dans la prestation des services de soins et, dans une moindre mesure, celui du marché avant et après l’introduction de l’ASLD. L’auteur cherche aussi à montrer ce qui a changé dans la prestation des services publics de garde d’enfants. Elle développe l’idée du “carré des soins” introduite par Shahra Razavi et l’applique aux soins aux personnes âgées et à la garde des enfants au Japon afin de comparer les deux.

On retiendra trois conclusions essentielles.

Premièrement, pour ce qui est tant des soins aux personnes âgées que de la garde des enfants, l’auteur trouve que la charge des soins est encore très inégalement répartie entre les hommes et les femmes. La plus grande partie des soins est dispensée par les femmes de la famille directe—l’épouse, la fille ou la belle-fille dans le cas des soins aux personnes âgées, et la mère, dans le cas de la garde des enfants. L’introduction de l’ASLD a consacré les tendances traditionnelles en donnant la préférence aux soins à domicile plutôt qu’aux soins en institution, et divers facteurs culturels et socioéconomiques continuent à jouer contre les femmes. L’un d’eux est la faible représentation et le peu d’influence des femmes et d’autres mouvements sociaux en politique. L’autre est la très faible valeur attachée au temps de travail rémunéré des femmes par rapport à celui des hommes. Une proportion croissante d’actives travaillent à titre non permanent, avec des salaires bien inférieurs à ceux des employés permanents. Cette inégalité est encore creusée par les politiques des soins qui ne laissent pas aux femmes d’autre solution que d’interrompre leur carrière entre 20 et 30 ans ou entre 30 et 40 ans pour élever leurs enfants. Comme ces femmes ont déjà, jeunes, abandonné leur emploi permanent, elles sont poussées à prendre soin des personnes âgées lorsqu’elles ont 50 à 60 ans et plus tard. Ainsi les politiques des soins et de l’emploi renforcent le rôle des femmes comme dispensatrices de soins.

Deuxièmement, le carré des soins se présente très différemment au Japon selon qu’il s’agit des soins aux personnes âgées ou de la garde des enfants, essentiellement à cause d’objectifs politiques différents. L’objectif déclaré de l’ASLD est de “répartir la charge des soins sur l’ensemble de la société”. Mais, selon l’auteur, l’assurance en question en a un autre, inavoué, celui de réduire les crédits publics à affecter aux soins aux personnes âgées. La politique en matière de garde des enfants, en revanche, a pour but de “parvenir à un équilibre entre travail et famille” et vise en définitive à redresser les taux de fécondité et le taux d’activité des femmes. Ces objectifs différents ont pour effet de privilégier les solutions à domicile, pour ce qui est de l’ASLD, mais de donner la préférence à la garde en institution pour ce qui est de la politique concernant la garde des enfants. Autre différence notable entre les soins aux personnes âgées et la garde des enfants: le rôle des marchés. S’agissant des soins aux personnes âgées, les sphères de l’Etat et du marché se superposent presque entièrement. En fait, explique Aya Abe, l’ASLD apporte une solution marchande au problème budgétaire que posent à l’Etat les services de soins. Ainsi les fonds destinés aux services de soins sont perçus (auprès de tous les citoyens de plus de 40 ans) et distribués par l’Etat (selon sa classification des besoins), alors que les prestataires de services sont presque exclusivement des établissements privés. Les dispositions prises pour la garde des enfants prévoient une répartition entre sphères publique et privée.

Finalement, ce qui fait le plus visiblement défaut, selon Aya Abe, dans l’élaboration des politiques concernant à la fois les soins aux personnes âgées et la garde des enfants, c’est la voix des dispensateurs de soins, qui sont surtout des femmes, et de ceux qui reçoivent ces soins. A cet égard, les politiques des soins ne diffèrent pas d’autres politiques sociales du Japon, qui sont essentiellement conçues par des bureaucrates.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 16 Jun 2010
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1994-8026