1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Technologies de l'information et de la communication et enseignement supérieur: Contraintes, défis et opportunités (Draft)



Depuis la dévaluation de 1994, le Sénégal est entré dans une phase active d’ajustement de son système d’éducation. Parallèlement, il faut constater que les moins de 30 ans représentent environ 70% des 8.5 millions de Sénégalais alors que les adultes en âge de travailler représentent moins du tiers. Sur ces 30%, une minorité estimée à moins de la moitié est employée dans l’enseignement. La conséquence directe de la jeunesse de la population est une demande importante de services sociaux de base et notamment d’éducation.

La situation actuelle du secteur de l’éducation au Sénégal se trouve donc doublement contrainte: d’une part, par une forte pression démographique, d’autre part, par le resserrement des contraintes économiques, financières et humaines. Il s’y ajoute le fait que la quasi-totalité des ressources budgétaires allouées à l’éducation est consacrée au paiement des salaires et aux dépenses de transferts, au détriment des facteurs de performance comme les manuels, le matériel didactique, etc. Ainsi, les besoins d’éducation sont non seulement énormes, mais ils ne cessent de croître, compte tenu des exigences d’élévation du bien-être individuel et collectif, et du développement du capital humain comme condition indispensable au progrès social.

Cette contrainte multiforme de l’éducation est alimentée par le fait que le Sénégal ne recèle pas de ressources naturelles abondantes susceptibles de supporter le développement. Dans ce cas de faiblesse du stock des ressources naturelles, la haute qualification des ressources humaines devient une priorité, d’autant que le nouveau paradigme technologique dans lequel le monde est entré s’inscrit dans la maîtrise de l’information et du savoir. La faiblesse du personnel d’éducation pose avec acuité la capacité des structures d’enseignement supérieur à s’approprier les technologies de l’information et de la communication (TIC) comme médium d’enseignement et de recherche et, par conséquent, à démultiplier les ressources humaines disponibles. En effet, avec des effectifs d’enseignement supérieur largement inférieurs à 5% de la population totale, le Sénégal n’a pas encore atteint le fameux seuil des 5% de sa population dans l’enseignement supérieur, alors que sa capacité d’accueil est déjà saturée. Dans un contexte d’explosion de la demande et de rationnement de l’offre d’éducation, la problématique de l’appropriation des TIC se pose avec force. De plus, les étudiants des filières TIC ne représentent que 3% des effectifs du supérieur qui eux-mêmes culminent à 2% des effectifs d’éducation. Ainsi, pour les universités, les TIC soulèvent des interrogations quant à leur mode d’appropriation face aux enjeux, défis et opportunités actuels de production, de transmission et de diffusion du savoir.

Devant cette double contrainte de l’enseignement en général et supérieur en particulier, les stratégies d’offre d’éducation se diversifient. D’abord, on note l’ouverture des fonctions de services au sein de l’institution universitaire, puis des écoles privées supérieures pour répondre à la demande d’éducation potentielle ou exprimée par les jeunes. Les écoles privées sont situées pour la plupart dans le secteur tertiaire (Comptabilité, Gestion, Management, Business Administration, Tourisme, Gestion hôtelière, etc.). A coté de ces écoles privées supérieures qui, pour la plupart, ont des méthodes classiques d’enseignement, se développe l’éducation à distance et le télé-enseignement. En 1999, le Ministère de l’éducation nationale (MEN) recensait 31 établissements privés d’enseignement supérieur dont trois universités. Ces établissements accueillent 5000 étudiants et offrent vingt deux filières de formation professionnelle et trois de formation universitaire professionnalisante. Les filières du secteur tertiaire qui représentent 90% du total de l’offre de formation sont les plus importantes.

C’est dans ce contexte qu’un certain nombre de structures telles que le Campus numérique francophone de Dakar (CNFD) et l’Université virtuelle africaine (UVA), sont apparus dans l’enceinte du campus de Dakar. L’objectif de ces universités virtuelles, outil de coopération et de partenariat, est d’apporter une valeur ajoutée aux enseignements des universités du Sud en les accompagnant dans leur processus d’appropriation des TIC. Cette coopération s’articule autour de deux axes principaux que sont la formation des apprenants et la production de contenus par les enseignants-chercheurs. Dans ce contexte, pour les universités, ces technologies soulèvent des interrogations quant à leur mode d’appropriation face aux enjeux actuels de production, de transmission et de diffusion du savoir.

Le développement rapide des TIC mérite qu’on s’interroge sur la capacité de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar à s’approprier ces nouveaux modes de production, d’échanges et de gestion du savoir. L’arrivée en force de ces technologies pose, entre autres questions, celle liée à la préparation du corps enseignant à des changements radicaux. Le nouvel enseignant doit maîtriser l’environnement des TIC, être prêt psychologiquement à un changement radical de rôle, tout en renforçant et en actualisant son savoir disciplinaire. Pour mesurer la capacité innovante et adaptative de l’UCAD à la société de l’information, cette réflexion poursuit un double objectif.

Dans un premier temps, cette recherche s’applique à faire un état des lieux du potentiel logistique de l’UCAD. La mesure de ce stock d’équipement constitue une évaluation des politiques publiques en matière de TIC mises en oeuvre au profit de l’enseignement supérieur. Dans ce contexte d’ajustement structurel, il est admis que le secteur de l’éducation, entre autres secteurs sociaux, subit les contraintes des réductions budgétaires. Le potentiel logistique permet enfin de déterminer la capacité d’accueil en TIC de l’institution universitaire face aux besoins qui seront identifiés.

Le deuxième objectif s’interroge sur la capacité d’appropriation de ces technologies par les enseignants et les chercheurs. Les nouveaux modes de transmission des connaissances dans le contexte des TIC appellent de nouvelles méthodes pédagogiques intégrant notamment le multimédia comme support d’enseignement et de recherche. Or la maîtrise des TIC et leur appropriation comme outil de travail nécessitent un apprentissage de la part des enseignants. En essayant d’identifier et d’évaluer les innovations pédagogiques liées à celles-ci, on pourra déterminer les besoins en formation des utilisateurs potentiels et des ressources nécessaires pour la mise en place de telles méthodes de transmission des savoirs.

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