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Beijing Plus 10: An Ambivalent Record on Gender Justice



La Quatrième Conférence mondiale sur les femmes (dite "Conférence de Beijing"), tenue en 1995, a marqué un tournant en définissant dans les grandes lignes les politiques à appliquer dans le monde pour progresser vers l'égalité des sexes. Dix ans après Beijing, en mars 2005, la Commission de la condition de la femme de l’ONU a présidé une réunion intergouvernementale à New York pour examiner dans quelle mesure les engagements pris dans la Déclaration et le Programme d'action de Beijing avaient été honorés. Cette réunion “Plus 10” s'est faite résolument discrète. Son but était non pas d'établir un programme mais de le confirmer, non pas de définir des politiques mais de les réaffirmer. S'inscrit-elle dans une évolution mondiale favorable à l'égalité des sexes ou marque-t-elle le déclin du processus? C'est une question que beaucoup se posent dans les mouvements féminins internationaux. Ce document, qui s'inspire de recherches effectuées pour le rapport de l'UNRISD, Egalité des sexes: En quête de justice dans un monde d'inégalités, revient sur le bilan contrasté qui a été dressé des progrès accomplis par les femmes au cours des dernières décennies et étudie en quoi l'environnement politique a changé depuis ce moment fort dans la vie des mouvements féminins.

Se fondant sur un certain nombre d'indicateurs couramment employés pour mesurer les “progrès des femmes”, les auteurs font valoir que les réussites en matière d'égalité des sexes sont plus ambivalentes et les causes plus diverses et moins unidirectionnelles qu'on ne le suppose parfois. Elles montrent aussi que les politiques de développement contribuent largement aux résultats et que la première phase des réformes structurelles (qui remonte au début des années 80) a été, à bien des égards, néfaste pour les femmes. Au cours des dix ans qui se sont écoulés depuis la Conférence de Beijing, la politique internationale du développement a connu des revirements importants et l'on a pris conscience de la nécessité de définir des politiques prenant en compte le genre. A la fin des années 80, le “fondamentalisme marchand” et la thérapie de choc avaient perdu beaucoup de leur attrait, laissant place à des idées et approches nouvelles dans la politique et la pratique du développement.

Le mécontentement croissant suscité par les répercussions sociales des réformes, ainsi que les critiques formulées par des économistes haut placés dans les institutions financières internationales (IFI) ont entraîné un changement de politique que l'on appelle souvent “l'après-Consensus de Washington”. Les nouvelles politiques ont témoigné de la volonté d'accorder plus d'attention aux préoccupations sociales et politiques, qui s'est manifestée par l’emploi de titres révélateurs comme “capital social” et “bonne gouvernance”. Dans les années 90, la politique sociale et, en particulier, la réduction de la pauvreté ont remonté dans l'échelle des priorités. Mais bien que l'emploi d'un vocabulaire commun, celui de la “pauvreté” et de la “protection sociale”, donne l’apparence d’un consensus, la politique sociale fait l'objet de conceptions contradictoires qui reposent sur des valeurs, des priorités et des représentations différentes de la mission de l'Etat. Est-il possible d’arracher durablement des populations à la pauvreté en l'absence de mesures suffisantes de création d'emplois et de relance des régions? La question suscite de sérieuses préoccupations. Les femmes assumant une plus grand part des soins non rémunérés et ayant moins d'occasions d’être rétribuées en espèces et de percevoir un revenu, la redéfinition de la responsabilité de l'Etat et le rôle plus grand laissé au marché risquent de se traduire pour elles par une limitation de leur temps libre et un moindre accès aux avantages sociaux.

Le recul du fondamentalisme marchand s'est accompagné d'une réhabilitation partielle de l'Etat comme acteur important du développement et l'accent a été mis sur une “bonne gouvernance”, réalisable par la démocratie, la participation, la décentralisation et la réappropriation par la population. Un programme de “bonne gouvernance”, compris au sens large, couvrirait la libéralisation politique, la participation et les droits de l'homme et amènerait à s'attaquer aux inégalités sociales comme engagement fondamental à la démocratie. Un tel programme engloberait aussi les questions de la légitimité de l'Etat, de sa capacité et de son obligation de rendre des comptes, ce que réclame les mouvements sociaux et féminins depuis des décennies. Bien que les réformes de la gouvernance puissent et doivent tenter de résoudre les questions de la légitimité gouvernementale et de la participation aux affaires publiques des groupes sociaux exclus, leur souci dominant a été souvent beaucoup moins noble. Ainsi, s'il faut se réjouir de l'attention que les donateurs accordent depuis peu à la “bonne gouvernance”, encore faut-il savoir ce que l’on entend par là. La démocratisation politique et la participation des groupes sociaux marginalisés font-elles partie intégrante des objectifs de réforme et sont-elles inscrites au programme du changement des institutions? La réduction des inégalités sociales et entre les sexes figure-t-elle parmi les principes de base qui doivent guider la transformation des institutions de l'Etat? Certains aspects du climat politique international actuel, notamment l'arrivée au pouvoir de forces conservatrices aux Etats-Unis et ailleurs et les attentats du 11 septembre, freinent cette évolution. Si l'arrivée au pouvoir de forces conservatrices aux Etats-Unis a eu pour conséquence l'adoption, avec l'appui de forces religieuses, de politiques conservatrices sur les questions des droits des femmes en matière de procréation et de sexualité, les attentats du 11 septembre ont focalisé l'attention et les crédits sur la “sécurité” au détriment du développement et des droits de l'homme. Les auteurs examinent comment ces différents facteurs, qui ont modifié la politique internationale et le climat politique depuis dix ans, ont été pour ceux qui militent dans les mouvements féminins à travers le monde à l’origine de nouvelles questions et difficultés.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Mar 2006
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 92-9085-069-8
    From: UNRISD