1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

  • 0
  • 0

Back | Programme: Genre et développement

The Statistical Evidence on Care and Non-Care Work across Six Countries



Le travail d’assistance non rémunéré—les tâches ménagères et l’assistance aux personnes apportée bénévolement dans les foyers et les communautés de toutes les sociétés—est un domaine qui a été généralement négligé des économistes, ainsi que de nombreux acteurs du développement. Pourtant, le volume du travail non rémunéré effectué, la répartition de cette charge de travail entre différents acteurs et la proportion et les types de travaux d’assistance qui sont rémunérés ou ne le sont pas, sont lourds de conséquences pour le bien-être des individus et des ménages, ainsi que pour la croissance économique et la prospérité des nations.

Ce document résume et compare les conclusions d’analyses de données sur l’emploi du temps provenant d’Argentine, du Nicaragua, d’Inde, de la République de Corée, d’Afrique du Sud et de Tanzanie pour un projet de l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) sur L’économie politique et sociale des soins. Le projet dans son ensemble vise à approfondir la manière dont l’assistance—et les soins aux personnes en particulier—sont dispensés par les institutions que sont la famille/le ménage, l’Etat, le marché et la communauté, et par les personnes dans ces institutions. L’analyse dont rend compte ce document porte sur les aspects quantitatifs de l’assistance non rémunérée apportée par des individus dans les ménages.

Le document se compose de neuf sections, présentées ci-dessous.

• Les Concepts clés présentent les concepts employés dans la suite du document à propos de l’emploi du temps.
Informations générales sur les enquêtes dans les six pays: cette section explique d'où proviennent les données utilisées aux fins d’analyse dans chacun de ces pays. Ces explications sont importantes dans la mesure où certaines des variations entre pays relevées dans le document pourraient refléter des différences méthodologiques plutôt que “réelles” entre les pays.
Constantes dans les rapports sociaux entre les sexes: sont regroupés ici divers graphiques établis à partir de tableaux normalisés et détaillés par sexe, compilés pour chaque pays. Ces graphiques donnent une idée de la variation des niveaux de participation des hommes et des femmes aux travaux accomplis dans le cadre d’un emploi, aux activités non rémunérées d’assistance et de soins aux personnes au sens étroit et du temps qu'ils y consacrent.
Distribution du temps consacré à l'assistance: cette section examine ce que cachent les moyennes qui sont généralement à la base de l’analyse de l’emploi du temps. Les divers graphiques établis pour chaque pays confirment que si la quantité de temps consacrée par les hommes à des activités non rémunérées d’assistance et de soins aux personnes tend à se concentrer à l’extrémité inférieure de la distribution, nombreuses sont les femmes qui y consacrent de longues heures.
• Les estimations Tobit rendent compte de l’analyse économétrique effectuée dans chaque pays pour déterminer les principaux facteurs qui influent le plus sur le temps consacré aux services non rémunérés de soins et d’assistance aux personnes dans les six pays.
• La section intitulée Genre et autres facteurs traite des différences et des similitudes observées entre les pays concernant l'interaction entre le genre et d’autres facteurs étudiés dans les estimations Tobit pour déterminer la part des soins dispensés par différents individus. Elle porte en particulier sur les différences entre femmes et hommes dans chacun des pays pour ce qui est du temps consacré en fonction de la présence de jeunes enfants dans le ménage, de la situation professionnelle et de l’âge.
Coefficient de dépendance des soins: contrairement à d’autres sections qui s’intéressent surtout à l’offre de soins, celle-ci présente les résultats par pays pour un coefficient de dépendance proposé par le projet comme indice de la demande de soins.
• La section intitulée Valeur monétaire du travail d’assistance non rémunéré traite de diverses méthodes appliquées pour assigner une valeur à ce travail et compare les résultats avec divers indicateurs macroéconomiques pour les six pays, dont le produit intérieur brut (PIB), le travail rémunéré, les recettes publiques et les dépenses publiques en services sociaux.
• La conclusion rassemble quelques commentaires sur la pertinence des résultats.

L’étude confirme l'existence de constantes dans les six pays, pour ce qui est de la part prise par les hommes et les femmes aux activités répertoriées dans le système de comptabilité nationale et aux activités non rémunérées de soins ou d’assistance aux personnes. Dans tous les pays, les femmes consacrent en moyenne plus de deux fois plus de temps que les hommes aux activités non rémunérées de soins ou d’assistance. C’est en Inde, où les femmes y consacrent près de 10 fois plus de temps que les hommes, que l’écart entre hommes et femmes est le plus marqué. Inversement, les hommes accordent généralement plus de temps que les femmes aux activités répertoriées dans le système de comptabilité nationale. Là encore, c’est en Inde que la différence est la plus grande: les hommes y consacrent près de deux fois et demi plus de temps que les femmes.

Lorsqu’on combine les activités répertoriées dans le système de comptabilité nationale et les activités non rémunérées de soins ou d’assistance, on s’aperçoit que les femmes font sensiblement plus de travail que les hommes dans tous les pays. Le volume total du travail effectué par les hommes va de 74 pour cent en Afrique du Sud à 94 pour cent de celui des femmes en Inde. Quand on examine la distribution entre hommes et femmes du temps dédié aux activités non rémunérées de soins ou d’assistance aux personnes, on constate que beaucoup plus d’hommes que de femmes ne font pas du tout ce genre de travail et que, pour ceux qui le font, ce travail est fortement concentré sur de brèves périodes. On note, en revanche, que le volume d’activités non rémunérées de soins ou d’assistance aux personnes est très variable chez les femmes et qu’il existe, en conséquence, un niveau d’inégalité notable entre elles, certaines femmes y consacrant un temps considérable.

Les estimations Tobit confirment que, comme on pouvait s’y attendre, la masculinité est généralement liée à un moindre volume d’activités non rémunérées, et cela dans tous les pays. De tous les facteurs testés dans tous les pays sauf en Argentine, c’est celui-là qui a la plus grande influence (plus fort coefficient en termes absolus). Pour tous les pays, la présence d’un (jeune) enfant dans le ménage tend à augmenter le volume du travail de soins non rémunéré. Le coefficient pour l’âge est toujours positif, alors qu’il est négatif pour l’âge avancé, ce qui laisse à penser que la quantité du travail non rémunéré de soins ou d’assistance aux personnes commence par augmenter à mesure qu’on vieillit, puis diminue. Cette quantité de travail tend à diminuer avec des augmentations de revenus; il en est de même avec un emploi, comme on a pu le constater dans tous les pays hormis la Tanzanie. Pour la plupart des pays, elle a tendance à augmenter avec le mariage.

Dans l’ensemble, il y a au moins autant de différences que de similitudes entre les pays. On constate en particulier des variations sensibles dans la “taille” du travail de soins ou d’assistance réalisé, pour ce qui est du niveau des taux de participation, du temps moyen que consacrent femmes et hommes aux différentes activités et des différences absolues et relatives entre femmes et hommes. Certaines de ces variations traduisent des différences méthodologiques qui tiennent aux instruments, au nombre de jours pris en compte, aux systèmes de classification, aux groupes d’âge étudiés etc. Cependant, les différences méthodologiques ne peuvent expliquer qu’une faible proportion des variations.

Les différences entre pays observées dans ce document confirment donc que les rapports sociaux entre les sexes ne sont pas “de droit divin” ni immuables. Au contraire, ils varient selon les pays et les cultures. A des fins d’orientation politique, cependant, ce qui se passe dans un pays particulier est aussi important, sinon plus, que les comparaisons entre pays. Ce document, ainsi que les rapports des recherches effectuées dans chaque pays, compare différents groupes dans un même pays pendant une période donnée. Il est aussi nécessaire de procéder à des comparaisons longitudinales des constantes de l’emploi du temps dans un pays donné. Les pays doivent donc mener des enquêtes sur l’emploi du temps à intervalles réguliers, en appliquant une méthodologie standard qui permette des comparaisons fiables à travers les années, comme ils le font actuellement sur la population active, bien qu’il ne soit pas nécessaire d’enquêter sur l’emploi du temps aussi régulièrement que sur la population active car il est peu probable que les constantes de l’emploi du temps changent aussi rapidement.

  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 17 Dec 2008
    Pub. Place: Geneva
    ISBN: 1994-8026
    From: UNRISD