1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Les politiques sociales en Afrique de l’Ouest: Quels changements depuis le Sommet de Copenhague



Ce document propose une synthèse des résultats des recherches menées dans cinq pays africains (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali et Sénégal) entre mars et novembre 1999, afin d’identifier les changements en matière de politique sociale intervenus depuis la tenue du Sommet de Copenhague. Les travaux ont cependant été contrariés par le fait que le stock d’informations est variable selon les pays, ce qui n’a pas facilité les comparaisons internationales.
    Les pays étudiés appartiennent à un groupe défini, selon les critères du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), comme étant à “faible développement humain”. Ils ont été confrontés à des difficultés grandissantes durant les années 80, en particulier en raison de la chute de leurs recettes d’exportation. Cette trame a conduit en 1994 à la dévaluation du franc CFA qui constitue le véritable point de rupture dans les sociétés étudiées. Depuis lors, les réformes économiques se sont accentuées sous la pression des institutions de Bretton Woods.
      La pauvreté de masse s’est accentuée et son ampleur sera difficile à réduire de manière significative à court terme sur la base des ressources exclusives des Etats. L’élément commun à tous ces pays est une mobilisation en faveur de la lutte contre la pauvreté faisant suite à l’élaboration de programmes de lutte contre la pauvreté. Les marges de manœuvre des Etats en matière de politique sociale sont limitées par le poids du service de la dette et des dépenses militaires. La croissance de la dette extérieure est une contrainte majeure au redéploiement des dépenses publiques vers les services sociaux de base (SSB). Pour renverser cette situation, des initiatives ont été mises en œuvre, comme celle en faveur des pays pauvres très lourdement endettés lancée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) destinée à ramener l’endettement de certains pays à un niveau soutenable.

      S’agissant des crédits consacrés aux SSB, l’éducation reçoit la part la plus importante, suivie par la santé, l’eau et l’assainissement. Une telle structure pose problème car une bonne partie de la population (48 % environ) n’a pas accès à une eau de qualité ou aux services de soins. Les examens des dépenses publiques en termes d’équité montrent que les non-pauvres sont les principaux bénéficiaires des ressources publiques allouées aux services sociaux de base.

      Face à cette situation, on observe depuis le début des années 90 une intervention de plus en plus ciblée de l’aide publique au développement (APD), l’accent étant désormais mis sur le fonctionnement des structures de santé au détriment des salaires. On note parfois un “surinvestissement relatif” avec des conséquences visibles dans certains pays: des installations non fonctionnelles, faute de moyens matériels et humains.

      Pour ce qui est de l’Initiative 20/20 (selon laquelle les pays en développement consacrent 20 % de leur budget aux services de base et les pays donateurs 20 % de l’APD à cette priorité), le Bénin, la Côte d’Ivoire, et le Mali n’ont pas atteint les objectifs fixés, tant au niveau des dépenses que de l’APD. La réallocation des ressources en faveur de l’éducation de base est le nouveau credo et des projets de réforme ont été élaborés pour la mettre en œuvre: Plan décennal pour l’éducation et la formation au Sénégal (PDEF), Programme décennal de développement de l’éducation au Mali (PRODEC); mais ces plans ne ciblent pas particulièrement les populations pauvres.

      Des ressources extérieures de plus en plus importantes sont consacrées à la santé par les bailleurs de fonds, mais ce mouvement est bien antérieur à la tenue du Sommet de Copenhague. La priorité macro-économique en faveur des dépenses de santé demeure encore assez faible, sauf au Burkina Faso où l’étude 20/20 a relevé que le taux d’accroissement des crédits budgétaires alloués aux SSB est passé de 8 % entre 1990 et 1991 à 26 % entre 1996 et 1997, avec un taux moyen de 15,7 % sur l’ensemble de la période. La pression sur les ressources destinées à la santé va s’accentuer en raison des dépenses auxquelles il faudra faire face pour soigner les malades du SIDA, ces derniers occupant une grande partie des lits disponibles dans certains hôpitaux. De ce point de vue, la situation est préoccupante en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.

      Il ressort des éléments exposés dans le présent document la très grande difficulté d’isoler, parmi les bouleversements sociaux observés dans les pays du champ de l’étude, les impacts spécifiquement liés au Sommet de Copenhague. Cette rencontre a plutôt été une phase dans une dynamique globale de “redécouverte du social”. Ce fait est manifeste pour l’analyste qui connaît les mutations observées dans les pays étudiés entre 1985 et 1993, situation qui a conduit à la dévaluation du franc CFA en 1994.

      Les pays ont adopté les recommandations issues du Sommet, mais les activités de suivi ont été relativement faibles en raison du manque d’internalisation des recommandations et surtout des coûts de la politique sociale proposée par le Sommet.

      Les transformations socio-politiques et économiques observées mettent en évidence les limites ou les difficultés des modèles de gestion issus des indépendances. On repère une tendance à l’affaiblissement des institutions étatiques, suite aux phases dures des politiques d’ajustement dont le changement de parité et la réduction du parc des sociétés d’Etat ont constitué des aspects importants.

      Les politiques néo-libérales qui se renforcent sont un facteur d’aggravation de la pauvreté. Le cadre macro-économique mis en place en cours d’ajustement provoque une déconnexion entre le régime d’accumulation et la situation sociale. Dans ces conditions, une des questions centrales pour sortir de la situation actuelle consiste à voir comment penser et organiser le post-ajustement. Dans chacun des pays étudiés, en raison de l’ampleur des difficultés à résoudre à court terme, la réflexion sur ce sujet n’a même pas commencé.
      • Publication and ordering details
      • Pub. Date: 1 Apr 2001
        Pub. Place: Geneva
        ISSN: 1020-8208
        From: UNRISD