1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

  • 0
  • 0

Back | Programme: Politique sociale et développement

AIDS in the Context of Development



La pandémie du sida détruit les vies et les moyens de subsistance de millions d’individus dans le monde. Quelque 15 000 personnes sont chaque jour infectées, et ce taux ne fait qu’augmenter. La situation est pire dans les régions et les pays où la pauvreté est étendue, l’inégalité des sexes frappante et les services publics faibles. En fait, la progression du VIH/sida au début du vingt-et-unième siècle est un signe de mauvais développement, un indicateur de l’incapacité de créer des sociétés plus équitables et plus prospères dans une grande partie du monde.
    Cette étude a été commanditée par l’UNRISD, en collaboration avec l’ONUSIDA, afin de servir de toile de fond à une nouvelle recherche comparative sur le VIH/sida en tant que problème de développement. En s’éloignant d’une approche épidémiologique ou behavioriste de la pandémie, le rapport commence par examiner le sida dans le contexte d’une pauvreté très répandue, qui ne fait qu’empirer. Deux stratégies adoptées par des gens désespérés, qui tentent d’améliorer leurs revenus, sont particulièrement propices à la progression du VIH/sida. La première est la migration en quête d’un travail, au sein d’un même pays ou à travers les frontières. La deuxième est la prostitution motivée par la pauvreté. Ces deux stratégies exposent grandement hommes et femmes à des risques, en l’absence d’institutions fournissant un soutien normal en vue de relations familiales stables. Elles auraient été toutes deux largement évitées s’il existait des perspectives satisfaisantes de gagner sa vie chez soi.

    Une infection à VIH/sida est pour certains la première grande catastrophe de leur vie. Mais pour de nombreux autres, ce n’est qu’un souci supplémentaire venant s’ajouter à une longue liste de problèmes. Cette étude examine la série de chocs qui, durant les quelques décennies passées, ont gravement exacerbé les conditions de vie déjà précaires d’un grand nombre de personnes et les ont rendues plus vulnérables aux maladies. Outre les fléaux naturels, ces chocs comprennent les crises de la dette et les programmes d’ajustement structurel qui ont aggravé la récession économique, réduit l’emploi et limité la couverture et la qualité des prestations sociales dans plusieurs régions du monde en développement. Les guerres et la violence civile ont de plus affaibli les économies, déraciné les populations et détourné de leur but les ressources si nécessaires aux soins de santé. Dans ce contexte, il est important de comprendre que, pour nombre de personnes, s’efforcer d’éviter le VIH/sida peut sembler un sujet de préoccupation moins immédiat que la simple survie.

    Les ONG et les groupes communautaires ont joué, dès le moment où l’épidémie du sida a éclaté, un rôle essentiel pour y faire face. Leur importance a été reconnue par les gouvernements, par les donateurs et par les organismes internationaux qui out fourni un soutien limité, mais essentiel. Néanmoins, les efforts plus généraux de la communauté nationale et internationale pour tirer des leçons des initiatives populaires et adapter leurs propres programmes en conséquence n’ont été fructueux qu’en partie. La troisième partie de cette étude par Collins et Rau fournit ainsi des exemples de réactions vigoureuses de la part de la communauté face à la pandémie, et la quatrième examine de manière critique les trois approches étroitement liées formulées par les organismes de santé publique et les bailleurs de fonds pour élargir et accroître leurs efforts: l’intégration de la prévention et des soins du VIH/sida dans les programmes sectoriels existants, leur prise en compte dans les activités bureaucratiques normales (notamment la planification, les prévisions budgétaires et l’évaluation), ainsi que l’augmentation proportionnelle d’initiatives efficaces afin de couvrir une région plus vaste ou un nombre plus grand de personnes.

    L’une des conclusions centrales de leur étude est qu’il est important de comprendre non seulement le contenu des programmes fructueux, mais également le processus par le biais duquel ils ont été mis au point. Pour que l’épidémie du VIH/sida soit endiguée, des réseaux de solidarité sociale et une action politique généralisée doivent être renforcés. De même, les perspectives pour des moyens de subsistance décents doivent être améliorées. La reconnaissance des capacités, des ressources et des connaissances de tous les groupes, hommes et femmes, jeunes et vieux, pauvres et puissants, est au cœur de cet effort. Les réponses de type technocratique, du haut vers le bas, ont peu de chances de se révéler efficaces, face aux défis inouïs de la pandémie qui progresse rapidement.

    L’étude s’achève en fournissant des suggestions pour de nouvelles recherches en sciences sociales sur le VIH/sida et le développement. Cela comprend l’inventaire et l’analyse des processus globaux qui font avancer la pandémie, afin que le VIH/sida puisse être intégré dans les débats internationaux sur les principales questions de développement. Il est par conséquent important de se demander quelles modifications seraient requises dans le commerce mondial et dans les politiques financières afin de garantir un renouveau de la croissance économique dans les pays en développement, et quels changements dans les politiques nationales seraient nécessaires afin d’améliorer la distribution des bénéfices résultant de la croissance. Il est également extrêmement important d’évaluer les objectifs globaux en matière de développement, notamment ceux fixés par le Comité d’aide au développement de l’OCDE et les autres objectifs arrêtés lors de sommets internationaux, à la lumière d’une pandémie qui ne fait que s’aggraver. Il est probable que le VIH/sida est le plus grand obstacle à l’accomplissement de ces objectifs et qu’il ne sera pas possible en fait de les réaliser, à moins de disposer d’une réaction beaucoup plus efficace au sida.
    Aux niveaux local et national, de nouvelles recherches en matière de sciences sociales—des recherches étroitement liées aux besoins des dirigeants et des militants—sont instamment requises concernant les progrès de la pandémie dans des circonstances précises: il est important de savoir qui est affecté, pourquoi et comment; et de concevoir des moyens de diminuer la vulnérabilité de certains groupes. Bien que des efforts significatifs aient été déployés pour enregistrer l’effet social et économique du sida dans certaines régions et communautés, le chemin à parcourir est encore long.

    Il est également important d’explorer les facteurs sociaux, politiques et institutionnels qui semblent avoir rendu certaines réactions nationales au VIH/sida plus efficaces que d’autres. Améliorer le débat sur la réforme du secteur de la santé, en le liant complètement à la question du VIH/sida, est essentiel à cet effort. Quels éléments des expériences de réforme récente ont eu un effet néfaste sur la capacité de faire face à l’épidémie dans certains pays? Et quelles mesures devraient être requises pour améliorer la réaction au VIH/sida?

    Enfin, une nouvelle analyse des tentatives concrètes de la part des groupes communautaires et des ONG pour faire face à l’épidémie est cruciale. En collaborant étroitement avec ces groupes, les chercheurs peuvent les aider à analyser les problèmes auxquels ils sont confrontés. Dans le même temps, la recherche peut jouer un rôle important dans l’établissement de vastes réseaux pour échanger des expériences et, en fin de compte, pour faciliter l’analyse comparative des réactions au VIH/sida dans des contextes sociaux différents.

    On trouvera des suggestions supplémentaires pour des travaux futurs dans cette étude qui comprend également une bibliographie choisie en fonction de sa pertinence par rapport au VIH/sida dans un contexte de développement.
    • Publication and ordering details
    • Pub. Date: 1 Dec 2001
      Pub. Place: Geneva
      ISSN: 1020-8208
      From: UNAIDS