1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Breaking the Mould: An Institutionalist Political Economy Alternative to the Neoliberal Theory of the Market and the State



Ha-Joon Chang examine de façon critique le discours néolibéral dont est actuellement imprégnée la conception dominante du rôle de l’Etat et, pour en dépasser les limites, propose un cadre théorique de substitution, l’économie politique institutionnaliste.
    Après l’introduction (section 1), l’auteur retrace l’évolution du débat sur le rôle de l’Etat depuis l’après-guerre, qui a abouti à la prédominance actuelle du néolibéralisme (section 2). Ce dernier serait né d’une “alliance” qui n’aurait rien de “sacré” entre l’économie néoclassique et la philosophie politique libertaire autrichienne, et cette alliance, malgré ses prétentions de cohérence intellectuelle et la clarté supposée de ses messages, ne peut échapper à de sérieuses tensions internes et ne se maintient qu’au prix de contorsions intellectuelles et de compromis politiques.
      Dans la section suivante (section 3), l’auteur examine les postulats qui sous-tendent le discours néolibéral sur le rôle de l’Etat. Il fait observer que ce discours se heurte inéluctablement à certaines limites qui viennent, d’abord, de la façon même dont il conceptualise le marché, l’Etat et les institutions et, ensuite, de la manière dont il théorise les rapports entre eux. Il s’attarde sur quatre aspects principaux du cadre néolibéral: la définition de “liberté de marché”, la définition de “faillite du marché” et ce qu’elle implique, le postulat de “primauté du marché” (l’idée que le marché est logiquement et temporellement antérieur à d’autres institutions, l’Etat y compris) et l’analyse des politiques.

      Dans la dernière partie du document (section 4), l’auteur esquisse en quoi ces limites peuvent (et, selon lui, doivent) être surmontées par un cadre théorique rendant justice au rôle de la politique et des institutions: l’économie politique institutionnaliste. Il traite plus particulièrement de trois questions: l’analyse du marché, l’analyse de l’Etat et l’analyse des politiques.

      Il affirme que les marchés néolibéraux sont des institutions dont les caractéristiques sont très sommairement spécifiées et qui devraient donc l’être plus précisément. Or, mettre l’accent sur le caractère institutionnel du marché exigerait, selon lui, d’intégrer les politiques de manière explicite dans l’analyse du marché (et pas simplement dans l’analyse de l’Etat). S’il en est ainsi, c’est que les marchés sont en définitive des constructions politiques, au sens où ils sont définis par un ensemble d’institutions, officielles ou non, qui représentent certains droits et obligations dont la légitimité (et donc la contestabilité) relève en dernière analyse du champ politique.

      S’agissant de l’analyse de l’Etat, l’auteur nie que les individus aient des motivations premières égoïstes et soutient au contraire que les motivations humaines sont variées et leurs interactions complexes. De plus, les motivations individuelles sont fondamentalement formées par les institutions. En particulier dans la sphère publique de l’Etat, où des valeurs non égoïstes sont mises en avant et où les acteurs intériorisent bon nombre d’entre elles, il est important de reconnaître les limites du comportement égoïste et l’influence des institutions sur la formation des préférences.

      Pour ce qui est de l’analyse des politiques, l’auteur conteste l’idée néolibérale selon laquelle la politique ne peut que corrompre le marché. Non seulement les marchés sont eux-mêmes des constructions politiques, affirme-t-il, mais la notion néolibérale de “l’intégrité” du marché repose sur un ensemble de convictions politiques qui ne peuvent pas prétendre être supérieures à d’autres convictions politiques. Les politiques, estime l’auteur, devraient être vues comme un processus structuré par les institutions. Il en est ainsi non seulement parce que (comme l’admettent les néolibéraux) les institutions façonnent les actes politiques de chacun en fonction de ses motivations et de ses conceptions propres, mais aussi parce qu’elles influent sur la façon dont les individus perçoivent leurs intérêts, les limites légitimes de la politique et les normes de conduite appropriées en politique.
      • Publication and ordering details
      • Pub. Date: 1 May 2001
        Pub. Place: Geneva
        ISSN: 1020-8208
        From: UNRISD