1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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The Political Economy of International Communications: Foundations for the Emerging Global Debate about Media Ownership and Regulation



Dans cette étude, Robert McChesney et Dan Schiller examinent l’évolution, dans l’économie politique mondiale, de la part que se taillent les secteurs public et privé dans le contrôle des médias et des télécommunications, les modèles de concentration et d’investissement dans le secteur de la communication en général et les possibilités d’améliorer, dans diverses régions du monde, la contribution des médias et des télécommunications au développement. Ils commencent par traiter des médias au niveau mondial pour se pencher ensuite sur les télécommunications. En conclusion, ils énoncent quelques propositions générales sur les moyens à employer pour que les médias, les télécommunications et les nouvelles technologies de l’information soient utilisées de manière plus systématique dans le but d’améliorer le sort des groupes et des nations défavorisés.

Presque toutes les variantes de la théorie sociale et politique font du système de communication une des pierres angulaires de la société moderne. Vu sous l’angle politique, les systèmes de communication peuvent servir à renforcer la démocratie, à la nier ou combiner les deux effets à la fois. Moins sujets à commentaires, ce qui ne les rendent pas moins importants pour autant, les systèmes de communication apparaissent comme l’un des secteurs les plus lucratifs des sociétés capitalistes modernes. De nombreux intellectuels s’emploient donc à évaluer la relation entre les communications en tant qu’activité privée et les fonctions sociales et politiques plus larges que doivent remplir les systèmes de communication. C’est là un thème central et récurrent des études sur les médias. Le double rôle du système de communications, à la fois pivot de l’économie mondiale naissante et pilier de la démocratie politique, constitue une tension vitale sur la scène mondiale. Selon Robert McChesney et Dan Schiller, il est impératif que les citoyens s’organisent pour que voient le jour de nouvelles politiques de communications qui préservent et renforcent les valeurs démocratiques.

Peu d’industries, en effet, ont été autant transformées par la mondialisation capitaliste que les communications. Avant les années 1980, les médias nationaux étaient représentés par la radio et la télévision d’Etat ainsi que la presse. Il y avait des marchés considérables d’importation pour les films, les émissions de télévision, la musique et les livres, et ces marchés étaient généralement dominés par des entreprises siégeant aux Etats-Unis. Les intérêts commerciaux locaux, parfois associés à un service de radio ou de télédiffusion d’Etat, étaient à la fois substantiels et importants. Les médias étaient essentiellement nationaux et, souvent, présentaient au moins quelques caractéristiques du service public. Les télécommunications étaient un monopole, généralement sous contrôle direct des ministères des postes et des télécommunications, et ces réseaux nationaux unitaires coordonnaient les flux du trafic international à l’aide de formules standards de partage des taux.

Cette situation a commencé à changer rapidement dans les années 1980 et 1990 lorsqu’un système de communication commercial aux mains de sociétés transnationales s’est mis en place, accompagné d’une nouvelle logique structurelle. La technologie se trouve être l’interprétation classique donnée pour expliquer la mondialisation des centres de communication: les techniques de communication s’étant radicalement améliorées, elles permettent la circulation des flux mondiaux et des opérations commerciales mondiales dans le secteur des médias et ce, en général, pour le meilleur. Cependant, cette interprétation est tendancieuse. Les nouvelles technologies de la communication ont été sous-tendues par une force politique—le passage à l’orthodoxie néolibérale—qui a assoupli ou supprimé les obstacles à l’exploitation commerciale des médias, à l’afflux des investissements étrangers dans le système des communications et a entraîné une concentration des médias et de leurs propriétaires. La technologie n’a rien en soi qui appelle le néolibéralisme; les communications numériques auraiten pu servir simplement, par exemple, à renforcer le service public, si tel pays en avait décidé ainsi.

Deux principes généraux tiennent une place centrale dans toute plate-forme de réforme. D’abord, il est impératif que le débat sur ces sujets soit aussi large que possible, marqué par l’ouverture et la transparence et qu’il se démocratise. S’il est une leçon de l’histoire, c’est bien que si les parties intéressées prennent des décisions dans un secret relativement bien gardé, les politiques qui en résultent serviront avant tout les intérêts de ceux qui les ont faites. Comme le dit un vieil adage, “si tu n’es pas à table, les affaires se font sans toi”. Notre devoir d’intellectuels, de citoyens et de démocrates est de frapper à la porte et d’élargir le cercle autour de la table et, lorsque nous nous y asseyons, de le faire avec la connaissance la plus exacte possible de ce qui se passe et des résultats possibles.

Deuxièmement, il faut remettre à l’honneur, revaloriser et étendre le principe du contrôle public par opposition à celui de sociétés commerciales. Plusieurs propositions ont été faites pour renforcer et démocratiser les secteurs des médias et des télécommunications. Bien que ces propositions présentent des variantes notables d’un pays à l’autre, elles tournent toutes autour de quelques idées et principes. S’il est nécessaire de renforcer l’indépendance du secteur par rapport aux sociétés et aux intérêts commerciaux, il est également souhaitable aussi qu’une partie importante de ce secteur soit à l’abri du contrôle direct de l’Etat.

Robert W. McChesney et Dan Schiller sont professeurs à l’Université d’Illinois à Urbana-Champaign, où ils enseignent tous deux à l’Institute of Communications Research et à la Graduate School of Library and Information Science.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Dec 2003
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8216
    From: UNRISD