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Feminized Migration in East and Southeast Asia: Policies, Actions and Empowerment



Depuis les années 80, les travailleurs migrants en Asie de l'est et du sud-est sont de plus en plus des femmes. Au début du XXIème siècle, on estimait que plus de deux millions de femmes, soit un tiers de la population migrante, travaillaient dans la région. La plupart des immigrées ont des emplois liés à l'économie de reproduction: elles sont employées de maison ou engagées dans l'industrie du sexe, travaillent dans des ménages privés ou le secteur commercial informel. Bien que leur bien-être et leurs droits aient un grand besoin d'être protégés, les gouvernements des pays d'accueil ne voient dans les immigrées qu'une force de travail capable de remédier à la pénurie de main-d'oeuvre et ne se soucient guère de prendre des mesures de protection ou d'appliquer des politiques nuancées selon le sexe. Pressés d'accroître leurs recettes en devises, les pays d'émigration encouragent leurs ressortissantes à émigrer et à rapatrier leurs gains de l'étranger et, face à la concurrence mondiale, leurs gouvernements s'intéressent peu au bien-être de celles qui ont émigré. Vu les pratiques des pays de l'Asie de l'est et du sud-est en matière de droits de l'homme et leur triste bilan dans ce domaine, des acteurs non étatiques ont pris de plus en plus de place dans la défense des droits des migrants, qu'ils assument par le biais de réseaux locaux et transnationaux.

La féminisation des migrations en Asie de l'est et du sud-est, avec toutes les spécificités que cela suppose, vient du développement économique rapide mais inégal de la région, qui se caractérise par des disparités et des différences entre sexes, entre classes et entre nationalités qui engendrent des conflits. Les femmes se déplacent à l'intérieur de la région, quittant les pays à faible revenu (Philippines, Thaïlande, Indonésie, et Vietnam Viet Nam notamment) pour les pays à revenu élevé (Singapour, Malaisie, Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong, Chine (Province de Taiwan), République de Corée et Japon) et ce déplacement accentue les inégalités entre les sexes, l'injustice, économique et la discrimination ethnique déjà existantes. Les migrations internationales sont cependant des phénomènes contradictoires qui, tout en offrant aux migrantes des chances de mobilité sociale, les exposent en même temps à des abus et à l'exploitation. La majorité des migrantes d'Asie sont des travailleuses contractuelles indépendantes qui cherchent un emploi à l'étranger pour grossir les revenus de leur famille et leur épargne personnelle. Elles acquièrent leur autonomie en résistant jour après jour aux structures de pouvoir en place, et en accumulant tout ce qu'elles peuvent gagner à titre individuel et collectif.
Une analyse des politiques migratoires d'Asie et des caractéristiques des migrations féminines fait apparaître six catégories largement reconnues, qui définissent les femmes par des caractéristiques données:

· employées de maison
· entraîneuses (i.e., travailleuses du sexe)
· travailleuses clandestines
· épouses d'immigrés
· travailleuses qualifiées
· travailleuses qui ont un patrimoine ethnique commun avec la population du pays d'accueil (e.g.,tels que les Nippo-Brésiliennes au Japon et les Sino-Coréennes en République de Corée).

Ces six catégories de femmes immigrées se distinguent les unes des autres par les conditions dans lesquelles elles ont franchi la frontière, leur emploi et la protection que leur offre la loi et donc aussi par leur mode de résistance aux pratiques inégalitaires et discriminatoires auxquelles elles sont confrontées dans le pays d'accueil. Les modes d'action et de lutte que choisissent les citoyens concernés et les organisations non gouvernementales pour faire valoir les droits des migrantes varient en conséquence. Les gouvernements des Etats de l'Asie de l'est et du sud-est qui importent de la main-d'œuvre tolèrent à des degrés divers les activités de la société civile, de sorte que les capacités et moyens d'action collective dont celle-ci dispose varient sensiblement selon les pays.

Il ressort de la littérature existante que l'on peut distinguer trois niveaux d'efficacité parmi les actions tentées par la société civile et la résistance des femmes en Asie. C'est à Singapour et en Malaisie qu'elles sont les moins efficaces: de strictes politiques d'immigration, des systèmes rigides d'attribution de contrats de travail et un Etat peu tolérant envers le militantisme civil réduisent sévèrement les actions de défense des droits des migrantes. Le second niveau correspond au Japon et à la République de Corée, où de sévères contrôles aux frontières et une multitude de travailleuses sans papiers, mais aussi une tolérance assez grande à l'égard de l'action collective, permettent à de nombreux groupes et organisations de contester l'autorité de l'Etat et d'apporter une assistance juridique et culturelle aux migrantes. Le troisième niveau est atteint dans la RAS de Hong Kong où, malgré une politique d'immigration stricte et un système rigide d'attribution des contrats de travail, l'héritage colonial britannique permet aux migrantes de faire valoir ouvertement leurs droits économiques et de mener une action collectives. La fréquence des manifestations d'immigrées, en particulier d'employées de maison philippines dans la RAS de Hong Kong, montre l'importance des réseaux transnationaux qui relient les migrantes des pays d'origine et des pays d'accueil. La présence de plus en plus forte d'un mouvement de défense transnational dans toute l'Asie rend plus facile la tâche des organisations civiles qui s'emploient à défendre les droits et le bien-être des migrantes.

En conclusion, la féminisation des migrations a aggravé les inégalités et l'injustice fondées sur le sexe, la classe et la nationalité en Asie. Elle a cependant donné aux femmes migrantes la possibilité de grossir les revenus familiaux et a permis à une société civile en expansion en Asie de contester les politiques et pratiques qui ont pour effet d'opprimer les migrants. Bien qu'il reste de nombreux obstacles juridiques et institutionnels à la justice sociale dans les pays importateurs de main-d'œuvre, certaines des actions menées par les nationaux et les migrants marquent un progrès sensible vers la réalisation des droits des travailleurs migrants.

  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 15 Dec 2005
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 92-9085-064-7
    From: UNRISD