1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Reproductive and Sexual Rights: Charting the Course of Transnational Women’s NGOs



L’auteur examine d’un oeil critique le rôle que les ONG féminines transnationales ont joué dans les années 90 dans l’élaboration et la mise en oeuvre des accords internationaux relatifs aux droits en matière de reproduction et de sexualité. Elle suit une double piste. Premièrement, elle explore les multiples façons dont ces droits recoupent un large éventail de questions touchant à la santé, aux droits de l’homme, à la justice sociale, à l’équité entre hommes et femmes et au développement humain ou s’y inscrivent. Deuxièmement, elle se sert de cette enquête pour repenser les dynamiques politiques complexes dans lesquelles sont engagées les ONG féminines transnationales, qui évoluent dans un monde en voie de mondialisation, certes, mais profondément divisé et d’une iniquité flagrante. Ces dynamiques sont marquées par un double et précaire positionnement. D’une part, les groupes féministes ont été influents aux niveaux tant international que national puisqu’ils ont réussi à faire passer les objectifs de santé et d’autonomisation des femmes avant le ralentissement de la croissance démographique dans les discours dominants sur la reproduction, la population et la sexualité. C’est là un acquis historique majeur et révélateur de la puissance des ONG féminines transnationales. D’autre part, la traduction de ce changement de discours en politiques et programmes efficaces a été sérieusement limitée par la donne économique mondiale et par des forces religieuses et culturelles dont les institutions sont bien plus puissantes que celles de n’importe quel groupe féministe aujourd’hui. Elle a été limitée également par des divisions internes et par la courte vue des groupes féminins eux-mêmes en matière de stratégie.
    L’auteur analyse les récents succès remportés par les mouvements féminins comme agents du changement sur la scène internationale et les limites auxquelles ils se sont heurtés, en concentrant particulièrement son attention sur le travail des organisations et des coalitions dont le domaine d’action est celui de la santé et des droits en matière de reproduction et de sexualité. S’appuyant sur des recherches antérieures, elle analyse les “lignes de faille” entre la santé/les droits en matière de reproduction et de sexualité et les conditions économiques, sociales et culturelles qui doivent nécessairement préexister. Les groupes qui cherchent à faire des droits en matière de reproduction et de sexualité une réalité pour les femmes et les jeunes ont dû longtemps s’opposer aux programmes macro-économiques, intégristes et néo-malthusiens qui perpétuent les inégalités entre les sexes, les races et les classes et font donc obstacle à la réalisation concrète de ces droits pour la grande majorité. Récemment, pourtant, plusieurs tendances sont venues compliquer encore le projet de transformation de ces conditions: (1) les crises économiques en cours qui, tout en contestant les politiques d’ajustement structurel et les compressions du secteur public imposées par les créanciers internationaux, fournissent l’occasion de les réformer; (2) les plans de réforme de la santé qui mettent l’accent sur les mesures de recouvrement des coûts telles que l’introduction de cotisations pour les utilisateurs; (3) la démission des gouvernements nationaux devant la responsabilité qui leur incombe de fournir des services sociaux dans des domaines essentiels tels que les soins de santé et l’éducation; et (4) la tendance de divers acteurs n’ayant aucune obligation politique de rendre des comptes, tels que des groupes religieux intégristes, des entreprises commerciales et des ONG sans but lucratif, à combler le vide.

    Le corps de l’étude se divise en plusieurs sections. La première décrit dans les grandes lignes la santé et les droits en matière de reproduction et de sexualité tels qu’ils ont été envisagés par les féministes du Nord et du Sud au cours des 30 années écoulées. Le raisonnement met ici en évidence la perspective globale liant les trois éléments suivants: la santé, le développement et les droits de l’homme. Il montre aussi en quoi cette façon de penser remet sérieusement en question les approches qui opposent les droits aux besoins, les individus aux collectivités, en recherchant les liens qu’il doit y avoir, en éthique comme en politique, entre les besoins essentiels et les droits fondamentaux de l’homme.

    La section II passe en revue les conférences des Nations Unies des années 90 pour évaluer en quoi et où la coalition féminine a réussi à faire passer son point de vue sur les droits en matière de reproduction et de sexualité dans les documents de ces conférences et où et pourquoi elle n’y a pas réussi. L’analyse, qui porte essentiellement sur la Conférence internationale sur la population et le développement du Caire, sur la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes de Beijing et sur le Sommet mondial pour le développement social de Copenhague, confronte les points de vue et stratégies féministes avec ceux de deux autres “parties prenantes” non négligeables, qui ont tenté de modeler les discours internationaux dominants et les politiques sur la santé en matière de reproduction et de sexualité: les groupes intégristes, en particulier le Vatican, et les organisations traditionnelles de planification démographique et familiale. Le succès de ces derniers, qui ont réussi à marquer de leur empreinte les documents des conférences à des points stratégiques, et la faiblesse du processus politique au sein des Nations Unies elles-mêmes rendent ces documents fragiles et contradictoires bien que révolutionnaires à certains égards.

    La section III commence par une vue d’ensemble de la mondialisation, des politiques macro-économiques qui ont une incidence sur les services sociaux et des tendances qui se dessinent depuis peu dans la réforme du secteur de la santé. Dans le contexte du recul des responsabilités de l’Etat et de ce que l’auteur appelle “les nombreux visages de la privatisation”, l’étude s’intéresse aux efforts déployés par les ONG féminines pour obliger leurs gouvernements à honorer les engagements internationaux, à mettre en oeuvre les dispositions du Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement et à transformer les droits/la santé en matière de reproduction et de sexualité en mesures politiques concrètes. Dans la plupart des cas, les femmes militent dans un contexte marqué par les contraintes économiques, le manque de ressources et la suppression de services, circonstances parfois aggravées par la résurgence de mouvements intégristes. Dans certains pays, cependant, les ONG féminines amènent des changements importants de politique malgré un climat peu propice et créent à l’occasion (au Brésil par exemple) des modèles nouveaux et prometteurs de coopération entre la société civile et le gouvernement.

    La dernière section, enfin, examine certaines craintes exprimées récemment, notamment celle que le militantisme des ONG ne devienne qu’un maillon de plus dans la chaîne de la privatisation et n’affaiblisse encore le pouvoir de l’Etat, et de ce fait sa responsabilité, à l’ère de la mondialisation. L’auteur conclut que la participation des ONG féminines de la santé tant aux conférences des Nations Unies qu’aux processus de mise en oeuvre au niveau national a eu, dans l’ensemble, des effets bénéfiques. Ces deux expériences ont aidé à faire comprendre plus largement que la réalisation pour tous des droits en matière de reproduction et de sexualité passait nécessairement par des changements structurels profonds des politiques macro-économiques et du système de gouvernance mondial. Cette vision globale n’a cependant pas encore de stratégie à sa mesure—coalitions plus fortes avec d’autres mouvements sociaux, mesures propres à combattre ou à réglementer la privatisation des services sociaux, même lorsqu’ils sont assurés par des organisations féminines; et mécanismes efficaces permettant aux organisations de la société civile d’observer les politiques et institutions macro-économiques et de les modifier. Une telle stratégie est indispensable à la création des conditions propices nécessaires à des soins de santé centrés sur l’être humain.
    • Publication and ordering details
    • Pub. Date: 1 Jun 2000
      Pub. Place: Geneva
      From: UNRISD