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Exclusionary Populism in Western Europe in the 1990s and Beyond: A Threat to Democracy and Civil Rights?



Depuis la fin des années 80, des partis et des mouvements de droite d’une espèce nouvelle ont gagné beaucoup de terrain sur le plan politique dans nombre de démocraties libérales, d’Europe en particulier mais aussi d’ailleurs. L’Union démocratique du centre en Suisse, le Fremskritts-partiet (Parti du progrès norvégien), le Freiheitliche Partei Österreich (Parti libéral autrichien) et le Front national en France sont parmi ceux qui ont remporté le plus de succès.

Plusieurs caractéristiques distinguent ces partis et mouvements des partis plus traditionnels: le rôle joué par des dirigeants charismatiques, la poursuite d’une stratégie populiste de marketing politique fortement axée sur le client (l’électeur en l’occurrence) et les angoisses, préjugés et ressentiments populaires sur lesquels ils jouent et qu’ils mobilisent pour attaquer essentielle-ment l’establishment politique. L’objectif a été de discréditer la “classe politique” afin de changer radicalement la donne. Typiquement, les nouveaux partis et mouvements populiste se sont “vendus” comme les défenseurs intransigeants et intrépides des droits et des intérêts des citoyens ordinaires et comme les seuls tenants et représentants de la “vraie démocratie”.

En même temps, ils embrassent une idéologie qui trouve sans doute dans l’expression de popu-lisme d’exclusion sa traduction la plus exacte. Cette doctrine politique tient essentiellement à une conception restrictive de la citoyenneté, qui consiste à penser qu’une vraie démocratie re-pose sur une communauté homogène d’un point de vue culturel, sinon ethnique, et que les bienfaits de la société ne devraient revenir qu’à ceux qui y ont largement contribué car seuls les citoyens de “longue date” font partie intégrante de la société civile. Sous sa forme la plus extrême, le populisme d’exclusion devient un nativisme culturel qui, plutôt que de diffuser l’idée de la supériorité ethnoculturelle, vise à protéger l’identité culturelle et les valeurs et modes de vie idiosyncrasiques de l’intrusion et de la contamination étrangères. Ceci, dans la droite populiste contemporaine, signifie avant tout préserver et défendre les réalisations et les acquis de la culture et de la civilisation européennes.

Bien que tous les nouveaux partis populistes de droite en Europe et ailleurs se caractérisent essentiellement par une hostilité déclarée aux étrangers, une forte opposition à l’immigration et des objections explicites à la construction de sociétés multiculturelles, la majorité de ces partis ne sont pas des partis de contestation obsédés par cette seule question. Dans bien des cas, ils présentent un programme complet de réformes socio-économiques, socioculturelles et socio-politiques, dont la mise en œuvre aurait de profondes répercussions. En même temps, ils se sont servis d’une variété très diverse de questions, certaines fort importantes comme l’immigration et le multiculturalisme, dans leurs tentatives de mobiliser le ressentiment populaire, ressenti-ment qui ne peut s’expliquer que dans le contexte national. C’est en jouant sur ces questions, autant que sur les sentiments xénophobes latents et diffus, que les nouveaux partis populistes de droite ont gagné une audience et des appuis politiques.

Leur succès politique s’explique par plusieurs raisons: large désaffection et désenchantement des populations à l’égard des partis établis, des hommes et femmes politiques et du processus politique (et peut-être même de la démocratie) en général, sentiments diffus d’angoisse face aux changements socio-économiques et sociostructurels liés à la mondialisation et à la révolution de la technologie de l’information, et malaise général devant les problèmes culturels posés par l’afflux et la présence d’un nombre croissant d’immigrants non européens. Bien que la majorité des Européens n’en veuillent pas, ces immigrants sont de plus en plus nécessaires pour com-penser des taux de natalité en chute libre, prévenir une pénurie de main-d’œuvre et assurer une partie du financement de l’Etat providence.

Etant donné l’hétérogénéité des motivations de leurs sympathisants, il n’y a sans doute rien d’étonnant que la base électorale de ces nouveaux partis populistes de droite ne puisse se ré-duire à un seul groupe, tel que la petite bourgeoisie. Dans bien des cas, leur base sociale s’est nettement “prolétarisée” (autrement dit, le nombre des “cols-bleus” à voter pour eux a aug-menté de manière assez spectaculaire). Cela ne signifie pas nécessairement que ces partis n’attirent que les groupes qui se sentent le plus menacés par la révolution technologique et l’orientation de l’économie. Plus que l’analyse de classe traditionnelle, une plus grande atten-tion portée aux attitudes et aux prédispositions aux valeurs pourrait aider à comprendre l’appui dont jouit la nouvelle droite populiste. La même prudence pourrait être de mise à l’égard de variables sociostructurelles telles que le sexe, l’éducation et l’âge.

Etant donné la confluence actuelle des pressions de la concurrence qui, avec la mondialisation, se font de plus en plus fortes, de la pression démographique due au vieillissement rapide des sociétés européennes et d’une désaffection politique toujours très marquée, il est peu probable que les partis de droite embrassant une idéologie de populisme d’exclusion perdent de leur at-trait dans un avenir prévisible. A n’en pas douter, leur succès fait peser une lourde hypothèque sur la démocratie libérale en Europe occidentale. Le danger qu’ils représenteront pour la démocratie sera en dernière analyse inversement proportionnel à la solidité des institutions démocratiques et de la culture politique dont l’Europe s’est dotée depuis 50 ans.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Oct 2004
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8194
    From: UNRISD