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Partners in Time? Business, NGOs and Sustainable Development



Historiquement, la plupart des relations entre le secteur privé et la société civile sont conflictuelles. Dans différents secteurs et contextes géographiques, ce type de relations entreprises-ONG a commencé à changer récemment avec l’émergence de partenariats officiels de développement durable entre ces protagonistes longtemps adversaires.
    La première partie de ce document donne une vue d’ensemble du changement qui est en train de s’opérer dans les relations entre entreprises et ONG sur le développement durable. Les auteurs étudient pourquoi et comment ces relations se transforment dans les années 1990, examinent le spectre actuel des relations entreprises-ONG et s’interrogent sur la manière dont a évolué l’attitude stratégique des entreprises et des ONG à l’égard du développement durable. Pour illustrer comment les relations entreprises-ONG ont évolué au Nord et au Sud, ils présentent trois études de cas, consacrées à des initiatives de contestation et de partenariat dans les domaines des produits forestiers, du pétrole et des articles de sport respectivement.

    L’étude du commerce des bois tropicaux met en lumière la myriade des relations entre la société civile et les entreprises et les réactions extrêmement différentes de ces dernières aux pressions de la société civile et des consommateurs. Selon les auteurs, la diversité de ces réactions s’expliquerait en partie par le fait que certaines sociétés et certains cadres supérieurs ont compris avant les autres la valeur éthique et l’intérêt commercial ou compétitif d’un comportement écologiquement responsable. L’analyse de l’expérience de Shell au Nigéria révèle l’impact que peut avoir une contestation mondiale concertée sur les activités d’une entreprise. Ce cas laisse à penser qu’une plus grande ouverture au dialogue et au partenariat peut ne pas suffire à améliorer l’image de marque de l’industrie pétrolière dans le monde. L’aptitude des grandes sociétés pétrolières à changer radicalement la nature polluante de leurs activités est très limitée et, de manière générale, elles refusent de reconnaître la nécessité d’énergies de substitution.

    L’étude sur la tentative d’élimination du travail des enfants dans la confection des ballons de football au Pakistan fait ressortir les aspects politiques d’associations complexes formées entre des protagonistes multiples du Nord et du Sud pour inciter des entreprises à assumer leurs responsabilités sociales, ainsi que les aléas de telles relations. S’il est un enseignement à tirer de cette étude, c’est bien l’importance fondamentale de la transparence pour les entreprises et la nécessité pour elles d’accepter le contrôle d’un organisme indépendant. L’étude révèle les tensions inhérentes à ce genre de projets. De graves questions demeurent en suspens: l’avenir des enfants dont l’emploi est touché, les effets de ces projets sur les exportations et la viabilité et la reproductibilité de projets complexes réunissant de nombreux participants.

    Les études de cas sont suivies d’une analyse des divers types de relations entreprises-ONG décrits dans la littérature du conflit et du partenariat. Selon les auteurs, aucun de ces types ne suffit à expliquer la diversité de ces relations et leurs incidences sur la gestion des affaires et le changement social à l’échelle mondiale. La première partie s’achève sur des réflexions préliminaires sur les conditions et les effets d’une attitude plus coopérative entre entreprises et ONG et sur les facteurs intervenant dans leurs relations.

    La deuxième partie expose une théorie destinée à expliquer la part de plus en plus grande que prennent les ONG à l’action menée pour inciter les entreprises à assumer leurs responsabilités en matière de développement durable. Les auteurs examinent les possibilités qui s’offrent de voir les ONG pousser les entreprises à se montrer plus respectueuses de l’environnement dans les pays en développement. Ils le font en replaçant les initiatives décrites dans la première partie dans le contexte des grands courants mondiaux, notamment celui de la mondialisation des affaires, du commerce et des finances, des progrès des techniques de communication et des nouveaux défis lancés aux dirigeants. Cela les amène à élaborer une théorie sur la manière dont les sociétés se régulent en fonction d’objectifs sociaux et écologiques dans une économie en voie de mondialisation.

    Les auteurs expliquent qu’en adoptant un comportement écologiquement plus responsable les entreprises n’agissent pas seulement de manière rationnelle dans une situation où toutes les parties en présence ont à gagner. Elles ne se livrent pas non plus simplement à un exercice de relations publiques, comme l’affirment certains détracteurs. Ce serait plutôt leur façon de réagir à diverses pressions et influences exercées par des mouvements et des organisations de la société civile. En d’autres termes, ce qu’on appelle dans ce document la “régulation civile” est une incitation de plus en plus puissante à adopter un comportement écologiquement et socialement responsable.

    Voici les principales conclusions qui se dégagent de cette analyse:
    • Le souci de l’environnement dans les entreprises est un phénomène politique.
    • En alliant pressions et engagement, les ONG infléchissent le comportement des entreprises autant que celles-ci le déterminent elles-mêmes.
    • Le pouvoir politique des ONG n’est pas une mode passagère mais la manifestion de la force nouvelle que représentent les consommateurs et qui résulte de changements sociaux, économiques et culturels.
    • En décrivant tout le spectre des relations entre entreprises et ONG—qui va de la contestation au partenariat—on peut observer une nouvelle forme de régulation à laquelle se soumet le monde des entreprises, appelée régulation civile.
    • Des organisations telles que le Forest Stewardship Council (FSC—Conseil pour l’intendance des forêts) et le Marine Stewardship Council (MSC—Conseil pour l’intendance du milieu marin) qui se font l’instrument de la régulation civile seront sans doute prises comme modèle dans d’autres branches d’activité et reconnues comme des systèmes mondiaux de régulation privée.
    • Ce type d’évolution dépend des sensibilités des marchés du Nord et n’est pas forcément exportable dans les pays ou régions où les consommateurs n’ont pas autant de poids sur le marché.
    • Si l’on veut qu’une réglementation civile se mette en place au Sud autour de mots d’ordre donnés et que les ONG du Nord gardent leur légitimité lorsqu’elles engagent des entreprises à assumer leurs responsabilités dans les pays en développement, ONG du Nord et du Sud doivent conclure des alliances plus solides.
    • Avec les changements qui s’opèrent dans l’économie mondiale, les gouvernements devraient s’employer davantage à donner des impulsions et à créer des conditions favorables. Or, ils risquent de brader ce rôle en signant des accords mondiaux sur le commerce et les investissements.

    L’incertitude qui subsiste quant à la réalité du souci de l’environnement dans les entreprises porte à conclure à la nécessité d’une plus forte collaboration internationale.
    • Publication and ordering details
    • Pub. Date: 1 Aug 1999
      Pub. Place: Geneva
      ISSN: 1012-6511
      From: UNRISD