1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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The Political and Social Economy of Care in the Republic of Korea



L’auteur applique à l’économie politique et sociale des soins en République de Corée l’idée du “carré des soins”—outil conceptuel utilisé pour comprendre comment les soins sont produits et dispensés par l’Etat, le marché, la famille et la communauté. Il explique que les mécanismes institutionnels qui composent ce carré en Corée ont changé de manière tout à fait perceptible depuis les années 90 suite à l’évolution politique, économique et sociale du pays. Prenant le cas des réformes des politiques de conciliation des responsabilités familiales et professionnelles, il montre comment le carré s’est reconfiguré et l’importance que revêt cette reconfiguration pour l’équité entre hommes et femmes. Dans la première section de son étude, il décrit le régime social coréen et ses rapports avec l’idée du carré des soins. Sa deuxième section met en lumière les principaux résultats de l’analyse des données recueillies entre 1999 et 2004 dans le cadre de l’enquête sur l’emploi du temps. Quant à la dernière section, elle traite de l’économie des changements de politique au travers d’un examen approfondi des configurations en matière de soins et des processus qui ont façonné les politiques sociales en Corée depuis les années 90, et s’interroge sur leurs conséquences pour les femmes.

Le régime social coréen est fortement teinté de familialisme tout en étant très axé sur l’homme, soutien de famille. De plus, en tant que nouveau pays industrialisé, la Corée se heurte aux problèmes socio-économiques à la fois d’un pays industrialisé et d’une nation en développement. Par exemple, le déclin rapide de la fécondité et le vieillissement de la population, le passage au secteur tertiaire et à une économie du savoir et l’évolution des normes sociales dans le sens d’un éclatement de la famille, de l’individualisation et de l’égalité des genres coexistent avec un important marché informel du travail et un Etat providence sous-développé. Cependant, la situation s’est modifiée depuis les années 90 car le gouvernement a modulé son action en fonction des changements survenus sur les plans politique et socio-économique. L’Etat providence a connu une expansion sensible depuis 1997 et, depuis 2003, la protection sociale s’est aussi étendue de façon notable. L’auteur se concentre sur un aspect de cette expansion: les politiques relatives à la garde des enfants et à la conciliation des responsabilités familiales et professionnelles.

L’analyse des données recueillies entre 1999 et 2004 pour l’enquête sur l’emploi du temps montre que, malgré un soutien accru de l’Etat aux familles auxquelles revient la charge des soins, les femmes continuent d’assumer une large part des soins non rémunérés dispensés dans les ménages et que la valeur totale de ce travail représente un pourcentage important du produit intérieur brut (PIB) de la Corée. L’analyse indique que le poids des soins non rémunérés repose dans une très large mesure en Corée sur les épaules des femmes mariées et qu’une grande partie de ce travail est consacrée aux enfants. Se fondant sur les données de l’enquête, Ito Peng conclut que la division du travail entre hommes et femmes est restée relativement inchangée entre 1999 et 2004 et que les femmes, qu’elles soient employées ou non, surtout les femmes mariées, assumaient une part disproportionnée des soins non rémunérés, au regard à la fois du temps qu’elles y consacraient et de leur taux de participation. Selon les calculs, les travaux non rémunérés de soins et d’assistance représentaient en 2004 environ 29 pour cent du PIB, dont 24 pour cent pour les femmes et 5 à 6 pour cent pour les hommes.

Traditionnellement, le carré des soins en Corée penche en direction de la famille et du marché, les femmes dispensant le plus gros des soins non rémunérés et le marché apportant aux hommes une sécurité de l’emploi propre à leur permettre de subvenir aux besoins de leurs familles. Depuis les années 90, l’Etat coréen joue un rôle plus grand dans l’encadrement, la prestation et le financement des services de protection sociale. La part que prend l’Etat aux services sociaux et à la protection sociale semble être en passe de grandir encore. Du fait des réformes de l’emploi, le marché joue moins le rôle qu’il lui incombait naguère de fournir des emplois fixes aux hommes soutiens de famille et de maintenir la sécurité de l’emploi. Il s’est repositionné en fournisseur de services sociaux et de soins et comme source de nouveaux emplois, bien que précaires, dans le secteur des services. Comme les soins, tant des enfants que des personnes âgées, constituent une part importante de ce nouveau secteur des services, la place du marché dans le carré des soins va sans doute s’accroître. La famille reste un lieu important de l’assistance sociale et des soins mais a été déchargée de certaines de ses responsabilités dans ce domaine avec la part plus grande des services sociaux qu’assument l’Etat et le marché. Enfin, on attend davantage des organisations non gouvernementales et bénévoles dans le domaine social. La configuration du carré des soins s’est donc modifiée en Corée: à la place prédominante que tenaient la famille et le marché s’est substituée une redistribution plus équilibrée des soins et des services sociaux.

Les réformes des politiques sociales ont contribué de manière non négligeable à la reconfiguration du carré des soins. Cependant, elles n’ont pas été menées de manière rationnelle et systématique. Elles ont plutôt résulté, comme l’illustre la réforme des politiques relatives à la garde des enfants et à la conciliation des tâches familiales et professionnelles, d’une intense contestation entre divers acteurs politiques à l’intérieur et hors du gouvernement. Une analyse du processus qui a abouti à l’actuelle politique relative à la garde des enfants montre que la politique et les idées pèsent lourd dans l’élaboration de la politique sociale et le choix du régime social.

Cette étude montre que l’organisation des soins en Corée s’est modifiée depuis les années 90 en réponse à l’évolution politique et socio-économique du pays. L’expansion récente de la protection sociale a contribué à rééquilibrer la distribution des soins et des services sociaux entre l’Etat, la famille, le marché et la communauté. Mais on ignore encore si ces changements aboutiront à une plus grande égalité des genres en Corée. Aucun signe, jusqu’à présent, ne permet de croire que des progrès ont été faits dans ce sens.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 16 Oct 2009
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1994-8026
    From: UNRISD