1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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The Greening of Business in Mexico



La libéralisation économique, la croissance axée sur les exportations, les investissements étrangers directs et les tendances qui y ont été associées dans les années 80 ont suscité un vif débat au Mexique à cause de leurs effets sur l'environnement. Si certains estimaient que les entreprises devaient adopter des techniques moins polluantes, d'autres insistaient sur les coûts environnementaux et sociaux probables d'un tel développement. En analysant tout le spectre des réactions des entreprises aux préoccupations écologiques, ce document examine aussi ce qui s'est réellement produit dans les années 90. Il recense les principales initiatives prises pour recourir à des techniques moins polluantes, instaurer un label de fabrication écologique, ainsi que les diverses institutions qui jouent un rôle de premier plan en incitant les entreprises à assumer leurs responsabilités en matière de protection de l'environnement. Outre qu'il évalue l'ampleur et l'efficacité de cette action, l'auteur analyse les conséquences de tendances plus générales, liées au type dominant de croissance économique, sur la protection de l'environnement et l'attitude des entreprises envers l'environnement.

A la suite du Sommet de la terre (1992) et de l'Accord de libre-échange nord-américain (1994), il y a eu un débordement d'activité institutionnelle au Mexique destinée à encourager les sociétés commerciales à améliorer leur performance environnementale. Des sociétés ont pris des initiatives importantes pour améliorer leur gestion de l'environnement. Et, ce qui est peut-être plus important à long terme, il existe maintenant une gamme assez complète d'institutions— privées, publiques et régionales—qui incitent le secteur privé à se montrer plus soucieux de l'environnement.

A ce scénario d'un changement technique et institutionnel embryonnaire, certes, mais positif, s'en oppose un autre dans lequel quelques entreprises n'apportent que des retouches cosmétiques à leur gestion de l'environnement tout en prétendant en faire beaucoup plus et en négligeant des aspects cruciaux liés au contrôle et à l'indépendance de la vérification. L'auteur conteste qu'il y ait conversion réelle des entreprises à l'écologie et explique que, au lieu de procéder à une restructuration profonde pour préserver la santé et la sécurité de la collectivité et, de manière générale, améliorer la qualité de la vie, elles ont limité leurs ambitions à l'application de solutions techniques juste bonnes à réduire les déchets en fin de chaîne.

Les tendances liées à la stratégie économique dominante du pays ont des répercussions écologiques et sociales particulièrement préoccupantes. Cette stratégie a consisté à encourager à investir dans des activités industrielles très polluantes et à implanter des entreprises dans des zones urbaines mal équipées, sans système d'aménagement ni régime fiscal solide. La hâte à moderniser et à développer certains secteurs économiques, tels que le tourisme, a privilégié les intérêts privés aux dépens à la fois des collectivités et d'un développement attentif à l'équilibre entre l'économie, l'environnement et le social.

L'analyse révèle un scénario complexe, fait de progrès et de reculs. Comme partout ailleurs dans le monde, le public, mieux informé des effets de la production industrielle et plus soucieux de la qualité de son environnement, fait davantage pression sur les entreprises pour les obliger à se comporter en citoyens responsables. En conséquence, les marchés exigent que ces effets soient mieux pris en considération et récompensent largement certains des participants. Cependant, l'augmentation du volume de production, la tendance à produire davantage pour le commerce international et les changements qui s'opèrent dans la composition de la production, tout cela conspire à intensifier la pollution et pousse à consommer davantage de précieuses ressources naturelles. Une concentration régionale de plus en plus rapide et les maux de l'urbanisation qui l'accompagnent ne font qu'aggraver le problème.

La visibilité accrue des campagnes menées par les entreprises pour faire connaître les efforts qu'elles déploient, individuellement et collectivement, pour assumer leurs responsabilités environnementales est une réponse directe aux citoyens qui réclament une réglementation plus stricte. Au Mexique, le gouvernement, désireux de restreindre ses interventions en économie, s'est réjoui de constater le développement actif des établissements privés et de les voir devancer l'action du secteur public. Si l'on a vu se former récemment quelques partenariats heureux et assisté à des progrès importants dans la diffusion et l'application de solutions techniques à des exemples particulièrement monstrueux de contamination industrielle, la qualité générale de l'environnement se détériore à cause de la stratégie de développement actuelle et engendre une polarisation sociale.

Avec les initiatives d'auto-régulation prises par certaines entreprises, on a pu croire que des progrès importants avaient été accomplis. Les exigences du marché et des consommateurs jouent un rôle important en donnant aux producteurs la possibilité d'adopter un comportement responsable tout en augmentant leurs profits. Cela vaut particulièrement pour les produits dont les qualités environnementales peuvent être facilement identifiées et commercialisées, comme c'est le cas pour les produits agricoles cultivés de manière organique et les services liés à l'environnement comme le tourisme vert. Il est inévitable qu'en informant et en éduquant le public, en entretenant de nouvelles exigences, naisse une certaine confusion, mais certains producteurs mexicains se sont engagés résolument dans des programmes ambitieux pour tirer profit de cette tendance. Cependant, vu la concurrence internationale acharnée qui règne aujourd'hui, il est probable que certains acteurs préféreront une conversion de façade à l'écologie qui ne leur coûte guère à une attitude vraiment responsable envers l'environnement. C'est à un mouvement éclairé de consommateurs et d'écologistes qu'il revient la tâche difficile d'insister pour que les efforts des entreprises soient plus efficaces en matière de protection de l'environnement.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Sep 1999
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1012-6511
    From: UNRISD