1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Information and Communications Technologies and Social Development in Senegal: An Overview (Document provisoire)



Ceci est la traduction anglaise du premier compte rendu publié par le projet de recherche de l’UNRISD consacré aux Technologies de l’information et le développement social au Sénégal. Olivier Sagna puise dans un grand nombre de documents, certains publiés, d’autres pas, pour dresser un état des lieux de ce que l’on sait actuellement du rôle changeant de ces nouvelles technologies dans l’économie et la société nationales. Son utilisation de ce que l’on nomme la “littérature grise”—rapports non publiés du gouvernement, documents présentés lors de séminaires et évaluations de la part d’experts indépendants—est particulièrement utile.

L’auteur a plusieurs objectifs. L’un d’entre eux consiste à fournir une base en vue de nouvelles recherches, qui doivent s’appuyer sur les connaissances actuelles, avant de les élargir. Ainsi, non seulement il résume les études disponibles, mais il signale également leurs partis pris et met en relief les lacunes existantes au sein de la littérature. La section finale propose nombre de sujets qui pourraient faire l’objet de recherches futures.

Par ailleurs, un objectif plus vaste consiste à améliorer la qualité du débat entourant la politique en matière de technologies de l’information. Comme le fait remarquer Olivier Sagna, le problème n’est pas l’absence d’intérêt pour cette question, mais plutôt le fait que la discussion est tellement fragmentée qu’elle n’arrive plus à servir de fondement à un débat public soutenu dans les lieux où celui-ci devrait se tenir: institutions d’enseignement supérieur et de recherche, partis politiques, législatures, syndicats, associations civiques et médias. La population n’est pas bien informée des implications sociales, économiques et politiques de la “révolution de l’information” au Sénégal, d’où sa tendance à s’en remettre à l’opinion d’experts techniques, guère familiarisés avec les préoccupations d’ordre social. Il semble évident qu’une bonne recherche en matière de sciences sociales a un rôle crucial à jouer dans l’amélioration de l’environnement donnant lieu à des choix politiques informés.

L’auteur commence par brosser un vaste historique du développement des technologies de l’information et de la communication (TICs) au Sénégal, de la première utilisation du télégraphe en 1859 jusqu’à l’expansion remarquable de la téléphonie et à l’élargissement actuel de l’accès à Internet. Le pays est doté aujourd’hui des infrastructures les plus développées qui soient en matière de technologies des télécommunications et de l’information en Afrique subsaharienne, et Olivier Sagna examine le développement des principaux programmes des institutions et du gouvernement qui ont rendu tout cela possible. Il souligne le rôle important de la Société nationale des télécommunications (SONATEL) dans la mise en place d’une infrastructure de qualité et la prestation de services efficaces. Le rôle changeant de la radio au sein de la société sénégalaise a également été crucial pour le développement du pays. La libéralisation progressive des fréquences radio FM—afin de permettre des diffusions privées et communautaires, hors du contrôle immédiat du gouvernement—a été un des pivots du processus de démocratisation durant les années 1990.

Bien que l’on puisse attribuer au gouvernement le mérite d’avoir reconnu la nécessité de lier les TICs au développement, et cela dès le milieu des années 1980, il n’a pas été facile de coordonner et de mettre en œuvre une série de plans et de programmes destinés à encourager l’exploitation des nouvelles technologies afin de surmonter les problèmes sociaux et économiques existants. Olivier Sagna laisse entendre que cela est étroitement lié à la fragmentation de la responsabilité de la politique des TICs dans le secteur public, et montre comment une bataille pour leur contrôle, en coulisse, a été un obstacle à l’application de la politique nationale cohérente requise pour combler le fossé entre ceux qui peuvent se payer les nouveaux services en matière de TICs et ceux qui ne le peuvent pas. Une politique de réglementation éclairée sera essentielle à cette fin.

L’auteur fournit ensuite des chiffres actualisés sur le rôle des TICs dans l’économie sénégalaise. Le secteur des télécommunications représentait 2,6 pour cent du produit intérieur brut en 1996—chiffre qui devrait atteindre 3,5 pour cent d’ici à l’an 2000. De plus, en 1999, ce secteur a augmenté de 9,5 pour cent environ, comparé à 6 pour cent pour l’économie, dans son ensemble. L’accès aux services de téléphonie, tant fixe que mobile, s’est élargi très rapidement dans les années 1990, premièrement par le biais du succès économique remarquable des “télécentres” privés, autorisés pour la première fois en 1992, et deuxièmement, par suite d’un bond phénoménal de l’utilisation des téléphones cellulaires au cours des trois dernières années (de 7 000 à 100 000 abonnés entre la fin 1997 et la fin 2000).

L’accès à Internet a également augmenté, quoique bien plus lentement. La vraie percée dans l’utilisation d’Internet est survenue en 1996, lorsque la SONATEL et la société américaine MCI ont signé un accord permettant des mises à jour techniques, donnant ainsi le coup d’envoi de l’ère commerciale Internet au Sénégal. En 2000, on comptait 13 prestataires de services Internet dans le pays et quelque 8 500 abonnés inscrits. En outre, plus d’une douzaine de cybercafés ont ouvert à Dakar, et d’autres ont été établis dans la plupart des grandes villes de province. Le fait que la SONATEL offre un taux forfaitaire unique d’accès à Internet dans tout le pays facilite grandement le développement de l’utilisation d’Internet hors de la capitale.

Bien qu’un grand débat entoure les perspectives d’une utilisation créatrice d’Internet dans les secteurs de l’éducation et de la santé au Sénégal, ce genre d’application n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Il faut étudier les enseignements tirés des premières expériences. La question du coût est manifestement importante. Les expériences précédentes relatives à l’utilisation des TICs pour l’éducation à distance, par exemple, révèlent que celles-ci sont chères et pourraient élargir, plutôt que réduire, les écarts en matière de qualité d’éducation entre les segments privilégiés et non privilégiés de la population. La même préoccupation surgit quand on examine la capacité des petites et moyennes entreprises à faire un bon usage des ordinateurs et d’Internet: à moins d’une formation adéquate et d’une assistance technique à portée de main, les investissements dans l’équipement et les connexions peuvent facilement être gaspillés.

Les projets du gouvernement visant à établir une zone économique de 195 hectares, dans laquelle des entreprises à haute valeur technologique pourraient profiter d’intéressements fiscaux et de synergies avec les centres voisins de recherche et d’enseignement—un peu sur le modèle du Multimedia Super Corridor en Malaisie—n’ont pas encore porté leurs fruits. Entre-temps, la croissance la plus dynamique dans l’utilisation des TICs semble se produire dans le secteur informel. Les migrants sont des utilisateurs particulièrement importants des téléphones fixes ou mobiles, voire de la messagerie électronique et de la téléphonie Internet.

Olivier Sagna conclut en formulant une série de suggestions pour des recherches approfondies. Écrire une histoire de la SONATEL figure en tête de liste, à la fois parce que c’est un organisme public qui a été particulièrement fructueux, et parce que sa privatisation en 1996 a soulevé nombre de questions relatives à l’avenir. L’auteur a également le sentiment que l’initiative des “télécentres” mérite d’être prudemment analysée, et que les implications de la téléphonie mobile pour les investissements de la SONATEL relatifs aux réseaux à lignes fixes devraient être étudiées. En outre, les caractéristiques sociales des usagers d’Internet et des téléphones cellulaires devraient être mieux comprises: l’effet sur les jeunes et les femmes des transformations de l’environnement en matière de TICs est particulièrement important, compte tenu de la marginalisation de cette population dans la société sénégalaise. Enfin, Olivier Sagna souligne le rôle important des nouveaux types de radiodiffusion dans la démocratisation du Sénégal et propose des études plus orientées sur la politique, relatives aux facteurs qui soutiennent ou entravent la croissance, non seulement de stations FM privées, mais également de radios communautaires.