1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

  • 0
  • 0

Back | Programme: Marchés, entreprises et réglementation

Internetworking for Social Change: Keeping the Spotlight on Corporate Responsibility



Les techniques de l’information et de la communication sont entrées dans les moeurs de beaucoup de grandes ONG qui s’en servent de manière stratégique pour diffuser des informations via le réseau planétaire. Il semble effectivement que, depuis le Sommet de la Terre de Rio, où l’on a assisté aux débuts des échanges en ligne de documents et d’analyses, l’importance des communications électroniques ait considérablement augmenté. Les échanges que permet l’Internet paraissent avoir favorisé une mondialisation de la société civile tout aussi remarquable que celle des entreprises.

Mais peut-être est-ce surestimer le rôle que jouent les communications via l’Internet en faisant connaître les objectifs des groupes militant pour un développement durable? Plutôt que l’antidote efficace d’un malaise collectif éprouvé en cette fin de millénaire, du sentiment d’être légèrement dépassé par les événements autour de soi, le monde virtuel des terminaux d’ordinateurs reliés à l’échelle planétaire n’est-il pas une fiction serinée à grand renfort de publicité, destinée à donner aux gens l’impression d’être plus proches des autres, moins isolés? Ce rapport tente de répondre à ces questions, d’abord en étudiant l’histoire de la mondialisation des ONG par l’Internet, puis en s’intéressant aux communications par l’Internet et à l’expérience qu’en ont faite de grandes organisations environnementales et sociales.

La Coalition pour une Birmanie libre, les Zapatistes du Mexique, la campagne Ogoni et McSpotlight sont des exemples marquants qui montrent que, très tôt, on a su exploiter les techniques de l’information et de la communication pour faire connaître les campagnes menées pour l’environnement et la justice sociale. Dans chacune de ces situations, de puissants intérêts commerciaux sont apparus en pleine lumière et, s’ils n’avaient pas directement créé les conditions dans lesquelles le développement devenait destructeur, ils en étaient au moins partiellement responsables.

Le projet d’Accord multilatéral sur les investissements (AMI) est un exemple plus récent encore dans lequel l’utilisation du courrier électronique et des communications par le Web a réussi à braquer les projecteurs sur le commerce international. En l’espèce, les groupes hostiles à l’AMI ont su mettre à profit l’expérience de travail en réseau qu’ils avaient acquise après Rio pour orchestrer une campagne mondiale destinée à alerter l’opinion aux négociations commerciales multilatérales. On peut soutenir que, sinon, les pourparlers se seraient poursuivis dans la relative obscurité de l’OCDE, loin du regard indiscret des médias qui ont fini par reprendre ce qui était diffusé sur l’Internet.

Nombre d’ONG critiques de l’AMI ont aussi répondu au questionnaire qui a fourni matière à ce rapport; les réponses ont exposé plusieurs avantages décisifs et limites des communications via l’Internet. L’interactivité que permet l’association des techniques “push and pull” et les possibilités de dissemination d’information figurent parmi les principaux avantages; ce sont ces avantage qui permettent aux organisations non seulement d’informer les parties intéressées mais aussi de les encourager à prendre immédiatement une part active aux campagnes sur l’Internet. La question de l’accès reste un obstacle important que la technologie ne permet pas de franchir: les organisations constatent en effet que, malgré une croissance exponentielle de leur audience en ligne, une grande partie du public reste inaccessible, en particulier dans le Sud.

Grâce à l’Internet, les organisations de la société civile mondiale ne sont plus arrêtées par des barrières géographiques et cela n’est pas passé inaperçu. Si les sociétés et associations commerciales ont été prises par surprise dans la bataille qui se joue sur l’Internet pour gagner les esprits, leurs départements de communication et des affaires publiques commencent à se servir de leurs propres sites Web pour promouvoir non seulement leurs biens et leurs produits, mais aussi leur image publique de bons citoyens désireux de participer à un développement durable.

Si, dans ce jeu, les ONG mènent pour l’instant, les sociétés commerciales deviennent des utilisateurs plus futés et se servent de l’Internet pour faire connaître leur façon de concevoir leurs responsabilités sociales. Comme l’ont fait observer des ONG et des entreprises dans leurs réponses au questionnaire, l’un des éléments les plus séduisants de l’Internet est sa capacité de court-circuiter le contrôle éditorial des médias établis. Grâce à la communication directe qu’offrent le courrier électronique et les sites Web, les organisations mondiales ont maintenant des possibilités sans précédent de contrôler leurs relations avec le public.

Ainsi que le rapport le laisse entendre, plusieurs éminentes ONG internationales se servent actuellement des communications via l’Internet pour faire passer leurs messages et maintenir dans le collimateur les activités d’entreprises qu’elles jugent socialement et écologiquement néfastes. Il y a cependant des facteurs qui menacent à court terme le caractère relativement démocratique de l’Internet comme moyen de projeter aussi la version du militant dans l’imaginaire public. L’auteur conclut en recommandant la prudence face aux communications en ligne, dont il faut reconnaître à la fois les limites intrinsèques et les qualités établies.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Sep 1999
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1012-6511
    From: UNRISD