1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Civil Society and the Uncivil State: Land Tenure Reform in Egypt and the Crisis of Rural Livelihoods



Ray Bush étudie ici les effets des changements survenus récemment dans les relations entre les propriétaires fonciers et leurs fermiers en Egypte. Il le fait à la lumière de la loi N° 96 de 1992, qui abolit les droits d’occupation qui avaient été la marque de la révolution sociale du Président Gamal Abdel Nasser. Dans ce contexte, il explore les liens entre la libéralisation économique, d’une part, et la libéralisation politique, de l’autre. Il prend pour cas particulier l’Egypte rurale, et se penche sur les moyens d’existence des populations rurales, la redistribution des biens et, plus particulièrement, les terres. Ray Bush prend également en considération les déclarations faites par le gouvernement et les donateurs (l’Agency for International Development des Etats-UnisUSAID et la Banque mondiale en particulier) à propos de la libéralisation politique et du rôle de la société civile rurale et compare les intentions exprimées aux résultats obtenus (représentation politique, participation aux institutions locales, primauté du droit, amélioration des conditions de vie et protection des moyens d’existence des populations rurales).

Si le gouvernement égyptien a souligné l’importance d’une plus large participation politique et les donateurs la nécessité d’une "société civile" plus développée, rien n’indique dans les faits que l'évolution soit allée dans ce sens. Cela amène immédiatement l'auteur à soulever, à propos des campagnes égyptiennes, deux questions que le gouvernement hésite à se poser. Premièrement, que se passerait-il si l’Etat se désintéressait de la fourniture des intrants agricoles? Comment les fellahin (paysans) ont-ils supporté la diminution des soutiens de l’Etat? Deuxièmement, les organisations de la société civile (OSC) ont-elles pu remplacer l’Etat dans ce domaine et en est-il résulté un tournant favorable à la libéralisation politique et à la démocratisation?

Ray Bush estime que l’on assiste depuis quelques années à une délibéralisation politique. La possibilité d’une action politique indépendante de l’Etat s’est réduite. Selon l’auteur, l’Etat continue à dicter ce qui constitue la pratique politique officiellela mesure dans laquelle un parti politique peut recruter de nouveaux membres, tenir des réunions et organiser une opposition démocratique au régime, par exemple.

Tel est le contexte politiquece qu’il appelle "l'Etat incivil"dans lequel l'auteur examine les possibilités qui s'offrent aux fellahin, en particulier à ceux qui ont été dépossédés en 1997, de se mobiliser et de défendre leurs intérêts. Il traite des questions soulevées par les fermiers qui ont perdu des terres et des conséquences de cette dépossession sur l'état de leurs biens, leur niveau de pauvreté, leur exclusion sociale et, en général, leurs droits à la terre. Il étudie de près les manifestations de violence qui se sont produites dans les campagnes égyptiennes, en particulier depuis 1997, et évalue dans quelle mesure on pourrait y voir un signe de protestation de la part de la société civile ou une forme nouvelle et différente de mobilisation politique. L'auteur montre que si les donateurs et le gouvernement entendaient, par la réforme d'occupation des sols de 1992, favoriser une amélioration du marché foncier égyptien et, parallèlement, élargir les formes d'expression politique des populations rurales, ils ont manqué leur but. La libéralisation du marché a eu de surcroît pour effet d'étendre la pauvreté et d'aggraver le chômage dans les campagnes et a rendu les fellahin plus dépendants des ressources familiales.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 30 May 2004
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8178
    From: UNRISD