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Back | Programme: Politique sociale et développement

Seeing Big: Transformative Social Policies in Small States


Seeing Big: Transformative Social Policies in Small States
Ce document résume les conclusions d’un projet de recherche de l’UNRISD et du Secrétariat du Commonwealth sur la politique sociale dans les petits États. Ces conclusions reposent sur des études de cas approfondies de plusieurs petits États et des problèmes transversaux qu’ils rencontrent. Les petits États étudiés sont répartis entre les régions des Caraïbes (Barbade, Dominique, Grenade, Jamaïque et Trinité-et-Tobago), du Pacifique (Fidji, Samoa, Îles Salomon et Vanuatu), de l’océan Indien (Maurice et Seychelles) et de la Méditerranée (Malte). Les auteurs ont examiné et comparé les conclusions des chercheurs pour tirer des leçons communes sur la manière dont les petits États peuvent faire progresser leur économie dans le sens du développement, de la démocratie et de la solidarité sociale.

Si les petits États sont souvent classés dans le même groupe en raison de leurs caractéristiques distinctes et de leurs faiblesses présumées, ils ne sont pas identiques. En réalité, ils ont suivi des voies de développement très différentes; certains ont réalisé de grands progrès sur le plan socioéconomique, tandis que d’autres sont toujours à la traîne. Les chercheurs se sont servis d’études de cas approfondies de pays pour tester quatre hypothèses susceptibles d’expliquer pourquoi certains petits États réussissent alors que d’autres échouent. Ces quatre hypothèses sont les suivantes: les petits États réussissent parce qu’ils se servent de leur faible population pour: (i) renforcer leur cohésion sociale, ou (ii) instaurer un «pacte social» durable; (iii) parce qu’ils font un usage stratégique de leur souveraineté—par exemple en adoptant des lois pour protéger les services bancaires extraterritoriaux; ou (iv) parce qu’ils mettent en place de solides systèmes de protection sociale qui favorisent un développement socioéconomique solidaire.

Sous une forme simplifiée, les première et deuxième hypothèses pourraient se réduire à l’idée que “ce qui est petit est harmonieux”, à cause d’une homogénéité culturelle présumée ou d’un compromis plus facile entre les communautés. Pourtant, contrairement à ce que l’on imagine, de nombreux petits États sont d’une grande hétérogénéité ethnique, linguistique ou religieuse (c’est le cas respectivement des îles Fidji, de Vanuatu, et de la Trinité-et-Tobago, par exemple). Même des sociétés homogènes comme Malte sont divisées par les sensibilités politiques différentes de la population. Si la cohésion sociale et le compromis ne peuvent pas être tenus pour acquis dans les petits États, ils semblent bel et bien favoriser leur développement. Parmi les États étudiés dans cette recherche, ceux qui obtiennent les meilleurs résultats sont peu divisés sur le plan culturel (Malte et les Seychelles), ont trouvé une formule propice à la solidarité et au compromis entre les communautés (Maurice) ou ont conjugué ces deux facteurs (la Barbade). Ce qui est petit peut très bien ne pas être harmonieux mais, au risque d’énoncer une évidence, il semble bien que l’harmonie favorise le développement.

La troisième hypothèse, à savoir que les petits États sont en mesure de faire de leur pouvoir juridictionnel un atout économique, est avérée dans beaucoup de ces pays. Maurice, Malte et la Barbade, par exemple, ont utilisé avec succès les incitations fiscales, les accords commerciaux préférentiels, les investissements étrangers et l’aide extérieure pour stimuler leur développement. Cette stratégie n’est cependant pas à toute épreuve, comme en témoigne le cas de Vanuatu, qui a entrepris de développer les services bancaires extraterritoriaux dans les années 1970, mais sans grand succès jusqu’ici, sans doute à cause de la faiblesse de ses institutions et de son instabilité politique. C’est à ces mêmes problèmes qu’ont achoppé les efforts déployés par les Îles Salomon et les Fidji pour attirer des investissements étrangers directs (IED). Les petits États sont donc en mesure de faire de leur pouvoir juridictionnel un atout économique, mais le succès de leur entreprise dépend aussi d’autres facteurs tels que des caractéristiques institutionnelles et politiques.

La quatrième hypothèse, à savoir que des États providence forts et déterminés à combattre l’exclusion obtiennent de meilleurs résultats socioéconomiques, est corroborée par les études de pays. Cependant, il ne suffit pas de dépenser pour les services sociaux et les programmes d’assistance sociale: comparé à d’autres petits États, le Guyana, par exemple, a consacré une forte proportion de son produit intérieur brut (PIB) à la santé et à l’éducation dans les années 1980 et 2000, mais son bilan social reste décevant. La meilleure stratégie semble être de considérer la politique sociale et économique comme un tout pour encourager la transformation qu’entraîne le développement. Les pays qui ont mené avec le plus de succès une politique sociale globale et universelle sont souvent ceux qui se sont laissé guider par une idéologie de la justice sociale et des droits des travailleurs et ont pratiqué le compromis culturel. Les politiques sociales d’intégration renforcent en soi la cohésion sociale en réduisant les inégalités et en venant à bout de la marginalisation, et contribuent ainsi à la stabilité politique, à un climat plus propice aux investissements et au développement économique.

La recherche tente d’expliquer, à l’aide d’une analyse économique et politique comparative, les trajectoires divergentes des petits pays. Elle regroupe les petits États pour mieux comprendre quelles sont leurs difficultés et comment la politique sociale peut être mise au service d’objectifs de développement. En enquêtant sur les politiques sociales des petits États dans une perspective comparative, elle fait apparaître combien l’élaboration des politiques sociales est complexe et combien ces politiques peuvent différer selon le contexte socioéconomique, institutionnel et historique. L’étude de ces pays—tant ceux qui ont réussi à améliorer leur bilan social que ceux qui sont à la traîne—est riche d’enseignements et fournit matière à réflexion à d’autres.

Elle nous apprend notamment qu’il est bon d’adopter une idéologie de la justice sociale et de la responsabilité mutuelle, de considérer comme un tout la politique sociale et économique et ses objectifs en accordant une attention particulière à la transformation qu’opère le développement, d’opter pour l’universalité en matière de protection sociale et de services sociaux, de renforcer les capacités de l’État, de produire de la cohésion sociale, et de reconnaître les difficultés et avantages qui remontent à l’histoire coloniale.

Naren Prasad est premier économiste à la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale (CESAO). Nicola Hypher est conseillère en matière de politique de protection sociale à Save the Children (Royaume-Uni). Megan Gerecke est fonctionnaire technique à l’Organisation internationale du Travail (OIT). Les opinions exprimées ici sont uniquement celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de leurs organisations.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 14 Aug 2013
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 2305-5375
    From: UNRISD