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Back | Programme: Société civile et mouvements sociaux

The Global Justice Movement: How Far Does the Classic Social Movement Agenda Go in Explaining Transnational Contention?



Ce document analyse la nouvelle forme de contestation que représente le Mouvement pour la justice mondiale (MJM) par rapport au schéma du mouvement social classique pour expliquer la contestation sous l’angle politique. Il reprend chacun des trois éléments essentiels du schéma classique (opportunités politiques, structures de mobilisation et modalités d’articulation) pour vérifier dans quelle mesure ils permettent d’expliquer les épisodes transnationaux de contestation populaire. Dans quelle mesure l’émergence et la croissance de ce mouvement, au lieu de se limiter au territoire national, dépendent-elles des opportunités politiques qui se situent au-delà de l’Etat? Dans quelle mesure le mouvement s’appuie-t-il sur des organisations et réseaux transnationaux plutôt que nationaux? Et dans quelle mesure véhicule-t-il des modèles d’action collective non pas spécifiquement nationaux mais plus larges, permettant l’établissement de coalitions transnationales? Ce sont là des questions auxquelles on ne peut répondre sans procéder à une analyse systématique des conditions dans lesquelles le MJM se mobilise et des mécanismes de cette mobilisation.

A l’origine de nombreuses analyses du MJM et de la contestation transnationale se trouve l’idée de l’émergence d’une société civile mondiale. Ainsi, un certain nombre d’intellectuels font valoir que le nouveau “cycle de contestation” (transnational) atteste de l’émergence d’un “mouvement des mouvements”, et traduit un déclin des formes de contestation nationales et l’émergence d’une société civile mondiale. Les auteurs de ce document considèrent avec beaucoup de scepticisme ce genre d’arguments qui, à leur avis, négligent l’effet crucial d’un certain nombre de facteurs nationaux et surestiment une société civile transnationale en formation. Ils affirment en particulier que tout cycle de contestation repose sur les structures de mobilisation et les épisodes de contestation qui l’ont précédé. Rien n’est réinventé à partir de zéro. Les manifestations organisées au niveau transnational, telles que celles du Mouvement pour la justice mondiale, s’appuient sur un réseau d’acteurs bien établis sur la scène nationale.

Après un bref aperçu historique de l’émergence et de la mobilisation de ce mouvement, l’essentiel du document est consacré à une analyse de la conformité du mouvement, conformément au schéma classique, et aux principaux facteurs qui l’explique—opportunités politiques, structures de mobilisation et modalités d’articulation (et traite de l’idée que se fait le MJM de la démocratie). Cette analyse se sert de données empiriques empruntées à des études déjà parues, ainsi qu’à des données originales recueillies sur les participants à deux manifestations qui ont eu lieu en Suisse en 2004. Les auteurs examinent le rôle joué par les opportunités politiques, les structures de mobilisation et les modalités d’articulation pour ce mouvement en tentant de montrer que le contexte national demeure capital, même lorsqu’il s’agit de manifestations transnationales comme celles qu’organise le Mouvement. Ils font valoir que le Mouvement exploite les opportunités politiques qui se présentent à divers niveaux et que, dans cette conjoncture, les contextes nationaux influencent encore largement sa mobilisation. Des aspects spécifiques du contexte national, tels que le degré d’ouverture du système politique, la configuration des alliances politiques, la présence de puissants alliés, les stratégies des autorités à l’égard du mouvement, mais aussi la présence de réseaux sociaux préexistants dont font partie les participants au mouvement, expliquent pourquoi les caractéristiques et la mobilisation du Mouvement mondial peuvent varier d’un pays à l’autre. En même temps, la création de modalités communes d’articulation des questions permet à des organisations, groupes et réseaux très divers de se rassembler.

Selon les auteurs, l’étude montre que le schéma du mouvement social classique va relativement loin dans son explication de la contestation transnationale. Bien sûr, celle-ci doit s’adapter quelque peu, par exemple en tenant compte des opportunités politiques qui se présentent au niveau supranational, et pas seulement au niveau national. Toutefois, pour le moment, l’empreinte du contexte national et de ses caractéristiques semble si forte, après des siècles passés à développer l’Etat, que même un mouvement authentiquement transnational comme le Mouvement pour la justice mondiale reste en partie enfermé dans le moule conçu par l’Etat national. Il est peut-être en semi-liberté, mais reste emprisonné quand même.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Jun 2006
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8178
    From: UNRISD