1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Waking Up to Risk: Corporate Responses to HIV/AIDS in the Workplace



Cette étude s’intéresse à ce que font les grandes sociétés face à l’un de ces obstacles au développement que les pays du Sud doivent surmonter d’urgence aujourd’hui: le VIH/sida. Elle présente les résultats de la première enquête mondiale menée sur les sociétés transnationales (STN) face à la pandémie, de trois enquêtes portant sur de grandes sociétés au Brésil, aux Philippines et en Afrique du Sud, ainsi que d’études de cas d’entreprises choisies, et analyse l’ensemble de ces données. Les recherches ont été effectuées par l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) en partenariat avec le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) en réponse à l’Assemblée générale des Nations Unies, qui, lors de sa session extraordinaire consacrée au VIH/sida en 2001, avait demandé que soient saisies et analysées les données relatives à la réaction de différents secteurs de la société.

Les entreprises commencent à peine à s’apercevoir du danger que représente le VIH/sida pour leur fonctionnement et n’ont pas encore conscience des responsabilités qui découlent de l’influence qu’elles exercent sur les conditions qui favorisent la prévalence du VIH/sida et empêchent d’en atténuer les effets: sur un plan analytique, tels sont les premiers résultats de cette recherche. Le dialogue et l’action sur l’interface entre entreprises et VIH/sida se sont souvent focalisés sur l’action des entreprises face au VIH/sida, plutôt que sur l’action du VIH/sida sur les entreprises. Pourtant, dans sa Déclaration d’engagement sur le VIH/sida, l’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu que tous les acteurs devaient tenir compte des conditions sociales et économiques qui influent sur la prévalence et les effets du VIH/sida. La communauté internationale chargée de donner des orientations générales sur le VIH/sida doit donc faire en sorte que les sociétés soient plus nombreuses à prendre conscience non seulement du risque mais aussi du fait qu’elles sont responsables des conditions socio-économiques qui se répercutent sur les personnes à risque ou vivant avec le virus.

L’étude aboutit essentiellement aux conclusions suivantes:
  • Vingt-et-un pour cent des 100 plus grandes STN ont répondu qu’elles avaient une politique ou des programmes relatifs au VIH/sida sur le lieu de travail, ce qui correspond à 70 pour cent des répondants, bien qu’il soit contestable d’extrapoler en appliquant cette proportion à celles qui n’ont pas répondu, puisque les sociétés sans politique sont sans doute moins enclines à répondre.
  • Trente-neuf pour cent des sites Internet des 100 plus grandes STN faisaient mention du VIH/sida, mais 11 pour cent seulement fournissaient des informations précises et facilement repérables sur des politiques ou programmes sur le lieu de travail.
  • En Afrique du Sud, 60 pour cent des 25 plus grandes sociétés ont répondu qu’elles avaient une politique ou des programmes sur le lieu de travail. Quatre-vingt-un pour cent des sociétés qui ont répondu ont des politiques ou des programmes relatifs au VIH/sida aux niveaux à la fois du groupe et des filiales, tandis que 13 pour cent sont en train de transposer ces politiques et programmes du niveau des filiales à celui du groupe.
  • Au Brésil, où les effets du VIH/sida sont moindres qu’en Afrique du Sud, on constate que les sociétés sont aussi moins nombreuses à agir. Cinquante-deux pour cent des 25 plus grandes sociétés ont répondu qu’elles avaient une politique ou un programme relatifs au VIH/sida sur le lieu de travail, soit 76 pour cent des répondants. Douze autres pour cent ont déclaré être en train d’élaborer une politique et avoir déjà des activités de prévention et de soutien sur le lieu de travail.
  • Aux Philippines, où la prévalence du sida est faible actuellement, seuls 16 pour cent des 25 plus grandes entreprises ont une politique ou un programme relatifs au VIH/sida sur le lieu de travail, soit 25 pour cent des répondants. La majorité des répondants ont fait remarquer qu’il n’y avait aucune raison d’avoir des politiques ou des programmes sur ce sujet.
  • Les volets de prévention et d’atténuation que comportent les politiques et programmes des sociétés présentent une grande variété; de même, l’étendue de la couverture assurée aux employés et aux personnes qui sont à leur charge varie énormément.
  • Les populations locales, les fournisseurs et les sous-traitants sont rarement visés par ces politiques et programmes, bien que, de l’avis de la plupart des répondants, il faille dépasser le cadre du lieu de travail pour lutter contre le VIH/sida et prévenir les dangers qu’il représente pour les postes de travail et d’autres aspects du fonctionnement des entreprises.
  • La plupart des sociétés ne tiennent pas compte des effets que leur fonctionnement normal et leurs stratégies peuvent avoir sur la pauvreté, et donc sur le VIH/sida, bien que, dans sa Déclaration d’engagement, l’Assemblée générale des Nations Unies aie insisté sur le rôle joué par la pauvreté et le manque de développement durable dans la propagation et les effets du VIH/sida.
Si le rôle spontané que les entreprises jouent et peuvent jouer dans la lutte contre le VIH/sida suscite l’enthousiasme dans le système des Nations Unies, les organismes de développement bilatéraux et multilatéraux et les ONG internationales, la modestie de l’action engagée par les entreprises sur le VIH/sida laisse à penser qu’il convient de tempérer cet enthousiasme par le constat qu’aujourd’hui, même les plus grandes sociétés, mêmes celles qui sont implantées dans les pays les plus touchés comme l’Afrique du Sud, ne s’engagent pas à fond sur cette question.

Cependant, l’analyse laisse entrevoir une issue possible qui viendrait des milieux financiers. L’argument avancé est le suivant: le VIH/sida peut compromettre sérieusement les résultats financiers présents et futurs des sociétés. Peu à peu, les milieux financiers devraient donc se demander si les sociétés dans lesquelles ils investissent sont en mesure d’affronter ce risque et le gèrent de façon satisfaisante. L’auteur soutient en outre que, pour être convenablement géré, ce risque doit l’être non pas par des sociétés agissant individuellement, mais par toute l’économie. Une action commune des milieux financiers peut donc contribuer à institutionnaliser les réponses des entreprises et amener en toute logique à étendre l’approche de la gestion des risques aux dangers qui menacent l’économie et la société dans son ensemble.

Jem Bendell est titulaire, à titre d’invité, d’un fellowship de la Business School de l’Université de Nottingham et consultant auprès d’organisations internationales et non gouvernementales sur la mondialisation et le développement durable. Il a publié de nombreux articles et deux ouvrages sur la responsabilité des entreprises, notamment le volume intitulé Terms for Endearment: Business, NGOs and Sustainable Development (Greenleaf Publishing, Sheffield, 2000). Pour de plus amples informations, se rendre sur le site www.jembendell.com.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 14 Nov 2003
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8216
    From: UNRISD