1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Post-Soviet Institutional Design, NGOs and Rural Livelihoods in Uzbekistan



Le but de cette étude est d’analyser la transformation subie par les institutions rurales après la période soviétique et de traiter de ses conséquences sur le bien-être et les moyens d’existence de la population rurale en Ouzbékistan.

Dans la première section, l’auteur présente les institutions communes à toutes les anciennes républiques de l’Union soviétique. L’érosion des moyens d’existence des populations rurales d’Ouzbékistan, comme du reste de l’Asie centrale, doit être comprise comme le résultat de la décomposition d’un ensemble d’institutions qui géraient la production, la distribution, la formation professionnelle et la prestation de services. Le fait d’être membre d’une entreprise rurale (d’un sovkhoze—ferme d’Etat, ou d’un kolkhoze—exploitation collective) donnait droit à des lopins familiaux, à un logement, à des allocations sociales (retraite, allocations maternité et rente d’invalidité) et accès au jardin d’enfants. Les associations de coopératives des consommateurs donnaient accès à des produits alimentaires de base subventionnés, à des débouchés pour la production privée excédentaire, à la formation professionnelle et à des services. Les syndicats (Agriprom, en l’occurrence) versaient les retraites et des indemnités en cas de maladie, donnait accès à des biens de consommation durables et aux congés payés. Des organes du parti communiste tels que les Comités des femmes et des jeunes jouaient un rôle auxiliaire en veillant aux intérêts de leurs membres et en dispensant une formation professionnelle.

La deuxième section décrit les changements qui se sont produits dans cinq grands domaines: la réforme du régime d’occupation des sols, la restructuration de l’entreprise agricole, la transformation des syndicats et des Comités des femmes et des jeunes en organisations fondées sur la libre adhésion, la distribution de l’aide sociale ciblée par le biais des comités mahalla, ou comités de voisinage, et les interventions de nouveaux acteurs institutionnels, à savoir les donateurs internationaux et le secteur des organisations non gouvernementales (ONG). La métaphore la plus apte à décrire le cadre institutionnel actuel de l’Ouzbékistan est peut-être celle du patchwork, car s’y retrouvent des organisations soviétiques modifiées, de nouvelles structures palliatives inadéquates et des initiatives prises sous l’impulsion des donateurs. L’ensemble des mesures visant à réformer le régime d’occupation des sols et à restructurer les entreprises agricoles laisse à penser qu’elles ont en fait été conçues pour prolonger les mécanismes et institutions de l’économie dirigée. Cependant, ces réformes, même partielles, ont entraîné la décomposition des institutions soviétiques sans créer de substituts capables de fonctionner, fragilisant d’autant plus les populations rurales. Deux types d’institutions palliatives sont entrés en scène: les comités mahalla, qui servent à diriger les prestations sur les plus démunis et l’Association Dekhan, association d’agriculteurs, dont le but est de venir en aide à la fois aux agriculteurs privés et aux petits exploitants et de défendre leurs intérêts. Ces institutions sont censées remplir une fonction régulatrice au nom des pouvoirs publics et défendre les intérêts de leurs membres, bien qu’avec une base financière et organisationnelle réduite. Les institutions qui succèdent à celles de la période soviétique (les héritiers des Comités des femmes et des jeunes, par exemple) ont cessé d’être des organes du parti pour devenir des ONG parrainées par le gouvernement et fondées sur la libre adhésion de leurs membres. Ces changements ont créé un réseau d’institutions “creuses”, filiales de la province et du district, caractérisées par des assises financières précaires qui en limitent sérieusement le fonctionnement, et par un mandat ambigu, puisqu’elles doivent à la fois défendre les intérêts de leurs membres et servir de “courroie de transmission” aux directives et aux lois du gouvernement.

La troisième section traite d’une nouvelle architecture de crédits provenant des donateurs inter-nationaux et des ONG. L’analyse d’un système rural de création de recettes et de microcrédit sert à illustrer ces nouveaux partenariats. A cause d’un environnement politique paralysant et du manque de moyens des ONG, les efforts entrepris sous l’impulsion des donateurs pour améliorer les moyens d’existence des populations rurales ont eu des effets très limités: l’impact de la réforme du marché sur l’emploi a peu retenu l’attention et l’on a très peu investi dans la création d’emplois ruraux. Comment ce vide institutionnel va-t-il être comblé et quelles formes la contestation populiste pourrait-elle prendre? De la réponse à ces questions dépend la stabilité future de l’Asie centrale.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Nov 2004
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8178
    From: UNRISD