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Communities and Local Government: Three Case Studies in São Paulo, Brazil



Ce document décrit le sort qu’ont connu trois formes de collaboration entre les autorités locales de Sao Paulo, au Brésil, et des organisations de la société civile lorsque Luisa Erundina (Partido dos Trabalhadores/PT ou Parti des travailleurs) était maire de la ville, soit entre 1989 et 1993. Ces trois formes de collaboration sont tombées et demeurées en disgrâce pendant les deux administrations suivantes, qui étaient conservatrices (Paulo Maluf, 1993–1997 et Celso Pitta, 1997–2001). Pourtant, le travail entrepris par les organismes communautaires, les organisations de la société civile (OSC) et les autorités locales pendant cette première administration du Parti des travailleurs a survécu à la décennie et a contribué à des progrès sociaux et politiques marquants, qui se poursuivent, non seulement à Sao Paulo, mais aussi dans beaucoup d’autres régions du pays.

Après avoir brièvement examiné les transitions politiques à Sao Paulo pendant les années 90 et les premières années du nouveau siècle, Raquel Rolnik et Renato Cymbalista présentent de courtes études de cas des trois collaborations, depuis leurs débuts pendant l’administration de Luisa Erundina jusqu’à fin 2002. La première étude est celle du budget participatif, opération à laquelle ont participé à l’échelle de toute la ville des centaines d’OSC, des dizaines de milliers d’habitants et une forte proportion de fonctionnaires et de militants du PT. La deuxième porte sur la Coopérative de ramassage de matières recyclables (Cooperativa dos Catadores de Mate-riais Reaproveitáveis/COOPAMARE), coopérative de sans-abri ou de quasi-sans-abri qui s’efforcent de créer un emploi et des conditions de travail décentes dans le ramassage et le recyclage de matières rejetées par les autres membres de la société. Le troisième cas est celui d’Apuanã, modèle révolutionnaire de coopératives de logements et d’entraide autogérées.

La rupture administrative qui s’est produite à la municipalité de Sao Paulo début 1993 a eu des répercussions néfastes sur pratiquement toutes les initiatives de partenariat entre pouvoirs publics et société civile dans la ville. Au lieu de se mettre en quête de mécanismes politiques, économiques et sociaux propres à favoriser la réalisation des droits et à lutter contre l’exclusion sociale, la nouvelle administration a assis son pouvoir sur le clientélisme et la corruption. S’agissant des investissements publics, la prétendue “inversion des priorités” qui s’était produite pendant l’administration du Parti des travailleurs, lorsque Luisa Erundina était maire, a cédé la place, pendant l’administration de Paulo Maluf, à une reconcentration des investisse-ments dans le sud-ouest de la ville, soit le quartier qui, historiquement, avait profité le plus des investissements publics et où habitaient les plus riches.

Sao Paulo a été également affectée par les politiques adoptées au niveau national. La ville a été l’une des régions les plus durement touchées par le Plan Real de 1993, par exemple, qui a entraîné non seulement un déclin économique mais a aussi creusé les inégalités en supprimant des emplois, en particulier dans le secteur manufacturier. De la perspective de développement urbain, la perte d’emplois et de revenus s’est traduite en ville par l’expansion rapide des quartiers les plus défavorisés. Entre 1994 et 1998, le nombre de personnes vivant dans les favelas (bidonvilles) a sensiblement augmenté.

En 1997, soutenu par une agressive campagne de promotion et malgré de fortes accusations de corruption, Paulo Maluf a réussi à faire élire son successeur, Celso Pitta. Les finances de la municipalité étaient dans une situation très précaire et la capacité d’investissement presque nulle. De plus, n’ayant pu compter pendant toute la durée de son mandat que sur de faibles appuis politiques, Celso Pitta n’a guère eu les moyens d’introduire des changements pour améliorer la situation économique et sociale de la ville. Aussi les électeurs de tous les horizons sociaux et économiques de la ville l’ont-ils abandonné aux élections suivantes au profit de la candidate du Parti des travailleurs, Marta Suplicy. Celle-ci est entrée en fonctions en 2001 alors que tout le monde s’accordait à qualifier la situation de grave crise économique et institutionnelle.

La marge de manoeuvre de la nouvelle mairesse était extrêmement limitée, en raison à la fois de facteurs externes et de facteurs liés à la démarche politique adoptée, c’est-à-dire le large spectre des alliances conclues par le PT pendant la campagne et au conseil municipal, qui l’a obligée à se montrer plus conciliante que ne l’avait été Luisa Erundina de 1989 à 1993. Cette démarche de pacification n’est pas sans rappeler celle que le PT a adoptée à l’échelle nationale ces dernières années, en se montrant plus enclin aux pactes sociaux qu’au conflit social, démarche qui s’est révélée déterminante pour le succès de la campagne du candidat Luis Inácio Lula da Silva à la présidence de la République fédérative du Brésil en 2003.

L’intérêt de l’histoire récente de la ville de Sao Paulo tient au fait que les politiques appliquées entre 1989 et 1993 étaient tout à fait exceptionnelles, même par rapport à celles du Parti des travailleurs. Néanmoins, les partenariats conclus pendant cette période entre la société civile et les autorités municipales n’ont pas été irréversiblement démantelés par les changements d’administration. Comme le montrent Raquel Rolnik et Renato Cymbalista dans cette étude, chacun des trois partenariats noués entre la municipalité et des OSC pendant le mandat de Luisa Erundina a souffert de la démobilisation dont ont fait preuve les conservateurs lorsqu’ils ont été au pouvoir. Pourtant, en grande partie grâce à l’intérêt politique que présentait la direction sociale de la municipalité de Sao Paulo, le contexte défavorable n’a pas empêché les échanges d’information entre villes sur ces expériences, ni l’établissement de liens au niveau national. Ainsi, les expériences ne se sont pas arrêtées. Pour comprendre la complexité de leur évolution, il faut tenir compte des mécanismes plus larges qui se sont institués. Les auteurs se penchent ici sur ces forces de tension et enquêtent sur les conséquences des expériences aux niveaux local et national.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Nov 2004
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8186
    From: UNRISD