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The Women's Movement in Egypt, with Selected References to Turkey



Les mouvements féminins du Moyen-Orient se distinguent les uns des autres par leur évolution historique, aussi bien que par leurs idées et pratiques actuelles. Pourtant, ils se ressemblent en ce sens qu’ils ont en commun plusieurs facteurs historiques et politiques, comme par exemple leurs liens avec les mouvements nationalistes, avec les processus de modernisation et de développement, ainsi que les tensions entre les tendances laïque et religieuse. Les spécificités et différences peuvent être regroupées sous des thèmes généraux, comme le montrent à l’évidence deux études de cas, l’Egypte et la Turquie, dont il est question dans ce document.

L’analyse des mouvements féminins en Egypte et en Turquie passe par une brève exploration du contexte historique, c’est-à-dire de la naissance et du développement d’organisations féminines et d’une pensée féministe. La description du contexte historique montre quelle importance il peut avoir pour comprendre les mouvements féminins actuels dans la région. La Turquie, contrairement à l’Egypte, n’a pas été colonisée à l’époque moderne. S’agissant des autres facteurs historiques qui influent sur les paramètres actuels des discours et activités féministes, le kémalisme et l’idéologie propre au nationalisme turc employée par le régime kémaliste se distinguent résolument du nassérisme et des idéologies nationalistes arabes associées à l’Etat égyptien. Pourtant, dans les deux pays, comme dans beaucoup d’autres régions du monde, les organisations féminines ont été récupérées par l’effort général de modernisation et de développement.

Le contexte contemporain amène à débattre de la topographie propre à la vie politique natio-nale, qui constitue la toile de fond sur laquelle s’inscrit le militantisme des féministes actuelles. L’auteur prend en considération, non seulement les questions relatives à l’économie politique, aux rapports entre l’Etat et la société, à la politique des partis, mais aussi le rôle des affiliations et relations internationales. Le mouvement féminin égyptien est marqué par le rôle ambigu de l’Etat envers les organisations féminines, le développement de la société civile et les sévères restrictions qui lui sont imposées (loi 32), les pressions et attentes internationales, en particulier celles des organisations donatrices, et subit l’influence croissante des islamistes. Dans le cas de la Turquie, le mouvement féminin a pu travailler beaucoup plus au travers des structures et institutions de l’Etat, notamment des municipalités. Le mouvement féminin turc semble avoir été particulièrement marqué par la polarisation entre les tendances islamiste et laïque, les luttes pour la démocratisation et l’institutionnalisation des activités féministes, ainsi que les débats sur l’héritage kémaliste.

La comparaison des deux études de cas laisse à penser que, malgré des contextes historiques et politiques différents, les mouvements féminins des deux pays ont, ces dernières années, remis en question des notions couramment acceptées de la culture et des institutions politiques. En élargissant le champ d’étude et en se penchant aussi sur le militantisme féministe dans d’autres pays de la région, il apparaît que les mouvements féminins du Moyen-Orient peuvent être un facteur de démocratisation mais sont très limités dans leur action par les structures sociales et politiques en place, le manque d’objectifs institutionnels clairs et de politiques publiques ambitieuses.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Apr 2002
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8178
    From: UNRISD