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Gendering Migration, Livelihood and Entitlements: Migrant Women in Canada and the United States



Les Etats-Unis et le Canada ont une longue expérience des migrations à grande échelle et continuent d'accueillir des flux importants d'immigrants réguliers. Les femmes tiennent une place croissante dans ces flux internationaux. Dans les deux pays, la majorité des immigrants réguliers remplissent les conditions requises pour jouir pleinement des droits liés à la nationalité et entrer dans le système de protection sociale. Ils ont un accès rapide ou automatique à la fois aux droits politiques et au marché du travail, bien qu'il existe une stratification des droits pour les immigrés temporaires et clandestins. Officiellement, les femmes jouissent de ces droits au même titre que les hommes, mais l'inégalité entre les sexes persiste, tant dans la politique gouvernementale que sur les marchés du travail. De plus, l'environnement politique et les politiques récentes ont été influencées dans les deux pays par les principes de l'idéologie néolibérale, qui contribuent, par les changements apportés à la politique de l'immigration, aux marchés du travail et aux dispositions sociales, à rendre les femmes immigrées de plus en plus vulnérables aux inégalités structurelles.

La première partie du document compare l'immigration dans les deux pays. Les femmes sont de plus en plus nombreuses parmi les immigrants, bien qu'encore principalement en qualité de personnes à charge. Le Canada, plus que les Etats-Unis, a modifié peu à peu sa politique de l'immigration pour favoriser l'entrée de migrants hautement spécialisés; les immigrants "économiques" hautement qualifiés sont maintenant plus nombreux que les demandeurs d'asile et les migrants accueillis pour raison humanitaire au titre de la réunion des familles. Des conditions d'admission qui privilégient le capital humain pénalisent les femmes originaires de pays caractérisés par une forte concentration des ressources aux mains des hommes. Aux Etats-Unis, les entrées relevant de la catégorie humanitaire prédominent encore, bien que l'immigration temporaire soit pour beaucoup de travailleurs hautement qualifiés "l'entrée de service" qui leur permet de s'établir définitivement. Pour ce qui est des réfugiés, les changements apportés aux règles qui régissent leur sélection ont rendu le Canada plus sensible au sort des femmes, mais le nombre des réfugiées accueillies reste bas. Dans les deux pays, le nombre des immigrés qui arrivent en qualité de migrants temporaires a augmenté depuis dix ans. Il y a des femmes dans cette catégorie de migrants temporaires, dans laquelle entrent à la fois des professionnelles hautement qualifiées et des travailleuses peu qualifiées, et leurs perspectives sont très différentes selon leur situation sur le marché du travail. Dans les deux pays, des initiatives politiques récentes proposent d'accorder un permis temporaire aux migrants clandestins; de telles propositions pourraient rapprocher les régimes d'immigration nord-américains des modèles européens, même si ceux-ci se sont révélés intenables en Europe.

Les auteurs étudient ensuite l'environnement de travail pour chaque sexe. Aux Etats-Unis et au Canada, la déréglementation des marchés du travail a renforcé la hiérarchie des métiers, dans laquelle les femmes immigrées sont souvent défavorisées. S'il existe des femmes immigrées, notamment de pays en développement, parmi les travailleurs hautement qualifiés, elles sont surtout visibles, et en nombre disproportionné, aux échelons les plus bas des services, du commerce de détail et des industries manufacturières. Le même schéma est patent pour ce qui est du chômage, du sous-emploi, des conditions de travail et des gains. Un système où les droits sociaux sont réduits et dans lequel l'accent est mis sur l'origine privée des soins offre de nombreux emplois précaires tout en alourdissant la charge des femmes dans leur famille. Au Canada, la non-reconnaissance de diplômes et qualifications acquis à l'étranger est un problème grave, qui contribue à la déqualification et au sous-emploi chez les femmes immigrées. Dans les deux pays, une volonté politique affaiblie a réduit l'application et la portée des mesures d'action positive et des lois relatives à l'équité dans l'emploi, adoptées pour combattre et compenser la discrimination fondée sur la race et le sexe sur le marché du travail.

La dernière section du document est consacrée aux droits sociaux. S'agissant de l'aide à l'établissement, la décentralisation des services a entraîné un transfert des responsabilités du gouvernement fédéral à celui de l'Etat ou de la province, qui souvent s'allie avec des entreprises et des organisations non gouvernementales. Bien que l'on ait compris au Canada que les femmes avaient plus besoin de cours de langue que les hommes, le financement n'a pas augmenté depuis le milieu de la décennie 90.

Si les droits sont parfois réduits pour les immigrants, il est un domaine dans lequel les femmes immigrées sont particulièrement touchées: celui des retraites. Bien que dans les deux pays, de modestes pensions soient versées à toutes les personnes âgées, les immigrés qui travaillent à domicile, dans l'économie informelle ou qui arrivent dans le pays à un âge avancé ne réunissent souvent pas les conditions requises pour bénéficier du régime de retraite public, qui dépend des années de travail. C'est aux Etats-Unis que la stratification des avantages sociaux est la plus marquée, en grande partie à cause de deux caractéristiques du système de prévoyance de ce pays. D'une part, le système des soins de santé est en grande partie privé, ce qui fait que les pauvres sont souvent sans assurance et dépendent des prestations de Medicaid, soumises à des conditions de ressources ou ils doivent payer comptant des soins médicaux coûteux. D'autre part, des modifications ont été apportées à l'assistance sociale, qui ont pour effet d'en refuser l'accès aux mères célibataires qui ne travaillent pas, de limiter à cinq ans la durée totale pendant laquelle on peut en bénéficier pendant sa vie et de la refuser totalement aux résidents établis régulièrement mais n'ayant pas acquis la nationalité du pays. Dans les deux pays, l'érosion de la prévoyance sociale, alliée à l'importance que prend l'austérité budgétaire dans un contexte néolibéral et à la confiance faite au marché pour fournir les services voulus, a des effets disproportionnés sur les pauvres, et plus particulièrement sur les immigrés pauvres peu instruits et handicapés par la méconnaissance de la langue. Avec la déréglementation des marchés du travail, ces changements à la fois ébranlent l'attachement aux principes de la redistribution économique en Amérique du Nord et menacent le bien-être des femmes qui y immigrent.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 14 Jul 2005
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 92-9085-059-0
    From: UNRISD