1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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The New Economic Policy and Interethnic Relations in Malaysia



En Malaisie, la Nouvelle politique économique (NPE), annoncée pour la première fois en 1970, était principalement une riposte politique aux émeutes raciales postélectorales de mai 1969, qui ont aussi entraîné un important changement de régime. L’auteur voit dans les événements de mai 1969 un vaste rejet populaire de l’Alliance au pouvoir, l’UMNO, ainsi qu’une “révolte de palais” au sein de celle-ci, lorsque les “jeunes Turcs”, qui soutenaient Tun Abdul Razak, alors Vice-Premier Ministre, ont mis sur la touche le Premier Ministre Tunku Abdul Rahman, qui était à la tête de l’UMNO depuis 1951 et avait conduit son pays à l’indépendance en août 1957. Le nouveau régime considérait que le gouvernement Rahman avait été trop conciliant envers les milieux économiques chinois, omniprésents en Malaisie. Avec sa NPE, il était donc résolu à renforcer la lutte contre la discrimination ethnique pour redresser la situation en faveur des Malais de souche en particulier et des autochtones, dits bumiputera, en général.

La NPE avait un double objectif, soit “l’éradication de la pauvreté sans distinction de race” et “restructurer la société pour abolir l’identification de la race à une fonction économique”. Elle était censée créer les conditions de l’unité nationale en atténuant la rancœur interethnique due aux disparités socio-économiques. En pratique, les mesures relevant de la NPE ont été perçues comme favorisant les bumiputera, ou plus spécifiquement les Malais, soit la plus grande com-munauté ethnique autochtone. L’action menée pour réduire la pauvreté est apparue comme dirigée essentiellement vers le monde rural et malais, les mesures prises visant essentiellement les paysans malais. Comme cette action n’avait pas été contestée et a perdu de son importance avec le temps, la NPE a été progressivement assimilée aux efforts de “restructuration de la société”, destinés à réduire les disparités interethniques, en particulier entre les Malais de souche et les Malaisiens de souche chinoise.

La NPE a été associée au premier Plan prospectif général [Outline Perspective Plan—OPP] pour la période 1971–1990. Ce plan visait à ramener la pauvreté de 49 pour cent dans la péninsule malaise en 1970 à 16 pour cent en 1990. En 1990, le taux de pauvreté effectif dans la péninsule était de 17 pour cent, tandis que le taux national était légèrement supérieur. Le principal objectif de restructuration de la NPE était de porter la part des actions d’entreprises aux mains des bumiputera de 1,5 pour cent en 1969 à 30 pour cent en 1990. Les statistiques gouvernementales laissent à penser que la part que possèdent les bumiputera a atteint environ 18 pour cent en 1990 et dépassait légèrement les 20 pour cent en 2000. Bien qu’initialement le gouvernement ait prévu que les biens sociaux des bumiputera seraient détenus dans une large mesure par des sociétés de gestion, la propriété privée individuelle chez les bumiputera a progressé, passant de moins du tiers à plus de 90 pour cent. La quantification des résultats obtenus grâce à la NPE a donné lieu à de nombreuses querelles, qui ont été exacerbées par le manque de transparence des données socio-économiques jugées sensibles.

Depuis lors, la NPE a été ostensiblement remplacée par la Politique nationale de développement associée au Deuxième plan prospectif général 1991–2000, puis par la Politique de vision nationale, rattachée au Troisième plan prospectif général 2001–2010. Bien que les nouvelles politiques accordent beaucoup plus d’importance à une croissance rapide, à l’industrialisation et à l’aménagement des structures, la majorité de la population continue à penser que les orientations économiques interethniques de la NPE, en particulier les objectifs de redistribution des richesses ou de “restructuration sociale” continuent à dominer la politique publique.

Si ces orientations sont jugées importantes, c’est essentiellement parce qu’elles influeraient sur les politiques publiques touchant à la propriété des biens sociaux et à d’autres domaines, notamment l’éducation et l’emploi. Autrement dit, la discrimination ethnique est essentiellement le fait des milieux des affaires et de la classe moyenne, où la tension interethnique est la plus forte. Les associations économiques interethniques ont pris une importance croissante avec le temps; elles réunissent souvent un associé de souche malaise qui prend en charge le loyer pour bénéficier des possibilités économiques offertes par le gouvernement et un associé de souche chinoise qui a assez de capitaux et de sens des affaires pour faire marcher l’entreprise. Ces associations ont suscité une rancœur considérable, en particulier chez ceux qui se voyaient refuser ces chances de progrès économique.

L’équipe gouvernementale décidant dans une large mesure et de manière discrétionnaire des modalités de la privatisation depuis 1985 environ, le copinage et la recherche du profit sont de plus en plus montrés du doigt et suscitent un ressentiment grandissant. Ces rachats ont aussi renforcé les moyens dont disposent les dirigeants pour se faire une clientèle, ce qui a à son tour favorisé la course aux fonctions politiques au sein du gouvernement et dans les partis et la mobilité dans le sens de l’ascension sociale. Au lieu d’atténuer ces tendances, les méthodes sélec-tives appliquées dans le sauvetage des entreprises après la crise monétaire, financière et écono-mique des années 1997–1998, les ont aggravées.

S’il n’est guère contestable que les objectifs socio-économiques de la NPE ont été largement atteints, plutôt tard que tôt d’ailleurs, il n’est pas certain que l’unité nationale en ait été renforcée, si l’on entend par là une amélioration des relations interethniques. En se bornant pratique-ment, pour améliorer ces relations, à réduire les inégalités entre les milieux d’affaires et classes moyennes des diverses ethnies, on a en fait nourri la rancoeur et la méfiance des deux côtés. Les politiques ethniques d’action corrective telles qu’elles ont été appliquées en Malaisie ont assimilé les intérêts de communautés ethniques entières à ceux de leurs élites respectives, ce qui a généralisé le ressentiment qui va de pair avec la concurrence entre les ethnies ou à l’intérieur d’une même classe. Il est donc peu probable que les politiques ethniques d’action corrective atteignent leur but et améliorent les relations interethniques. Il faudra trouver un autre moyen pour créer des conditions qui permettent d’améliorer durablement ces relations.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Sep 2004
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020 8194
    From: UNRISD