1963-2018 - 55 years of Research for Social Change

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Gender of Democracy: The Encounter between Feminism and Reformism in Contemporary Iran



Cet exposé présente une analyse critique de la rencontre entre la réflexion politique féministe et réformiste durant la première présidence réformiste de la République islamique d’Iran (mai 1997 à juin 2001). Elle place féminisme et réformisme dans leur contexte historique, débat des forces complexes qui ont facilité leur développement et analyse les liens entre ces deux mouvements. L’exposé est présenté en trois parties.
    La première partie, “la genèse du débat relatif à la sexospécificité”, décrit le contexte actuel depuis la révolution de 1979, ainsi que sa dynamique de développement: la direction politique de la société post-révolutionnaire, l’effet sur les rapports hommes-femmes des politiques d’islamisation du nouvel État, la trajectoire du rôle des femmes en tant que citoyennes depuis la “révolution” jusqu’à la “société civile”, l’émergence du laïcisme et de l’islamisme en tant que repères au sein du mouvement des femmes, et le développement de la démocratisation islamiste et des mouvements féministes. Dans cette partie, l’auteur conclut que les femmes ont joué un rôle clef pour garder vivant l’esprit de la résistance contre la suppression de la démocratie et des droits de l’homme durant la période difficile sur le plan politique qu’ont été les années 80. Durant les années 1990, elles ont continué de jouer un rôle important de citoyennes, en hissant au pouvoir le premier gouvernement islamiste réformiste élu en Iran. Depuis, les femmes ont relevé le défi de créer un espace féministe au sein du mouvement de démocratisation qui a tendance à marginaliser les questions de sexospécificité et le mouvement des femmes.

    La deuxième partie de l’exposé, “les frontières du réformisme par rapport à la sexospécificité” se concentre sur le développement conceptuel du mouvement réformiste ainsi que sur ses implications sur le plan des rapports hommes-femmes. Elle présente et analyse les opinions des principaux courants réformistes islamistes: “jurisprudence dynamique”, “intellectuels religieux” et “coalition pour le développement politique”. Elle évalue le potentiel de ces opinions réformistes pour le développement du débat sur la sexospécificité et identifie leurs limites. L’auteur conclut ici que ces courants réformistes ont apporté une contribution théorique importante en libérant un espace politique pour la conception islamiste des rapports hommes-femmes d’une manière qui n’avait pas été possible auparavant. Dans le même temps, le réformisme islamiste a manifesté de sérieuses faiblesses politiques pour ce qui est des questions de sexospécificité. Selon l’auteur, le féminisme islamiste s’est mis à remettre ces faiblesses en question de manière efficace. Bien qu’elles ne soient pas jusqu’à présent reconnues par les réformistes, les féministes islamistes ont transformé les théories réformistes en développant leur potentiel sur le plan des rapports hommes-femmes et en colmatant les brèches qui pouvaient exister entre comme à l’intérieur de ces théories. L’intervention féministe a revêtu des formes multiples, les plus substantielles étant le fait de combler le fossé entre jurisprudence et théologie et d’engendrer la démocratie.

    La troisième partie, “l’aube du féminisme”, se concentre sur les caractéristiques et les débats internes du mouvement féministe lui-même. Les positions des deux grandes catégories de féminisme laïque et islamiste sont présentées, et l’apparition d’une troisième catégorie, le féminisme pragmatique, est évoquée. Le fossé historique entre les mouvements féminins islamiste et laïque, né de l’absence de confiance et de solidarité entre les deux mouvements depuis la Révolution, s’est manifesté sous forme de débats politiques enflammés à propos de la compatibilité entre l’islam et le féminisme, ainsi que de l’universalité des droits des femmes. Ces débats se sont avérés à la fois éprouvants et apaisants pour le féminisme iranien contemporain. Éprouvants, car ils ont fait éclater au grand jour la culture latente d’intolérance envers la différence, débouchant sur une pression exercée par l’entourage contre la politique collective féministe. Apaisants, car ils ont obligé les féministes tant islamistes que laïques à appréhender des questions difficiles et à chercher un terrain d’entente solide sur lequel bâtir une collaboration future.

    Bien que l’objectif de la solidarité féministe ait été jusqu’à présent hors de portée du mouvement féministe iranien, comme d’autres mouvements féministes dans le monde, un nouveau départ se dessine sous la forme d’une action collective entreprise par des femmes sous certaines conditions, dans certaines circonstances et autour de points de ralliement précis. Dans sa conclusion, Parvin Paidar fait valoir que ces exemples sont importants dans le contexte de l’Iran où une attaque particulièrement virulente a été lancée depuis vingt ans contre pratiquement tous les aspects de la vie des femmes, et où la seule opposition interne tangible est fondée sur l’islamisme. Dans l’Iran d’aujourd’hui, les choix politiques qui s’offrent tant aux féministes laïques qu’islamistes sont restreints et peu satisfaisants. Néanmoins, les féministes des deux obédiences doivent opérer un choix entre retrait et engagement. Si l’engagement est la réponse, des efforts conjoints entre islamistes et laïques sur certaines questions spécifiques seront inévitables.
    • Publication and ordering details
    • Pub. Date: 1 Oct 2001
      Pub. Place: Geneva
      ISSN: 1020-8186
      From: UNRISD