1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Assessing Poverty Alleviation Strategies for their Impact on Poor Women: A Study with Special Reference to India



Ce document s’intéresse à la façon dont les stratégies macro-économiques peuvent influer sur l’incidence de la pauvreté, en particulier féminine, et à l’efficacité de diverses formes d’intervention gouvernementale en la matière. Le regard se porte sur l’Inde mais les conclusions de l’analyse peuvent être valables aussi pour d’autres pays en développement.

L’auteur traite de diverses notions et définitions de la pauvreté et relève l’utilité que présente le critère des revenus dans l’appréciation des tendances à long terme. Examinant l’incidence et les caractérisques de la pauvreté en Inde depuis les années 70, il en dégage les tendances en essayant de les détailler par région, type de ménage et sexe. Il ressort que la période allant de 1973–74 à 1989–90 a été marquée par une baisse continue de la proportion des pauvres tant dans l’Inde rurale que dans l’Inde urbaine, évolution qui n’est plus aussi claire pour la décennie 90. Si les explications traditionnelles de l’incidence de la pauvreté mettent en avant la croissance agricole et le taux d’inflation, les tendances observées laissent à penser que d’autres facteurs, tels que les effets des dépenses publiques et le prix relatif des céréales alimentaires, devraient être pris en compte. Ainsi l’auteur avance pour hypothèse que la baisse de la proportion des pauvres pendant les années 80 a été essentiellement due à la hausse des salaires réels de la main-d’oeuvre non qualifiée, tant urbaine que rurale, hausse à son tour associée à l’augmentation sensible des dépenses et la création d’emplois publiques pendant toute cette décennie et à ses effets de multiplication. De la même manière, la décélération de ces dépenses et la forte hausse des prix des produits alimentaires liées aux programmes d’ajustement structurel des années 90 ont été associées à une inversion de la tendance au recul de la pauvreté, et cela pour l’ensemble de l’Inde comme pour la plupart des Etats.

Toutes ces observations amènent à conclure que des politiques généralisées de contraction macro-économique, associées à des mesures de stabilisation dont l’efficacité passe par une réduction de la demande et une diminution des dépenses publiques, risquent fort d’avoir des effets néfastes sur la condition des plus pauvres. De même, toute politique (y compris la libéralisation du commerce, la promotion des exportations agricoles, etc.) qui pousse à la hausse le prix relatif des denrées alimentaires a tendance à faire progresser la pauvreté. Aussi toute stratégie macro-économique visant à réduire l’incidence de la pauvreté doit-elle délibérément conjurer ou atténuer ces effets.

Le rapport entre les types d’emploi occupé et la pauvreté est tout particulièrement évident pour les femmes, comme en témoignent les informations rassemblées sur la féminisation de la pauvreté. Le lien entre pauvreté et propriété est aussi très net, d’autant plus que les femmes en Asie du sud n’ont généralement pas accès à la propriété quand il s’agit de la terre et d’autres biens importants. Autant dire que les stratégies d’atténuation de la pauvreté doivent reposer sur une redistribution des biens, qui jusqu’à présent appartenaient essentiellement aux hommes, ainsi que sur d’autres stratégies macro-économiques propres à entraîner une croissance et une diversification des emplois.

L’auteur évalue aussi des stratégies spécifiques d’atténuation de la pauvreté appliquées par le gouvernement indien et en mesure l’impact sur les femmes pauvres en particulier. Parmi elles, il faut mentionner le système de distribution publique des céréales alimentaires, qui n’est pas indifférent, semble-t-il, à la question des sexes, étant donné les caractéristiques socio-culturelles de la répartition des vivres à l’intérieur des ménages. Quant aux programmes destinés à encourager l’activité indépendante, tels que les programmes de crédit à l’acquisition des moyens nécessaires, ils ont en général moins bien réussi, précisément parce qu’ils ont ignoré l’aspect de l’inégalité entre les sexes en ne s’adaptant pas avec assez de souplesse aux besoins spécifiques des femmes. Il apparaît en revanche que les programmes visant à favoriser la création d’emplois salariés ont eu de très nettes retombées positives sur les femmes pauvres, bien qu’ils aient besoin d’être considérablement remaniés au niveau tant de la conception que de l’exécution.

Les micro-interventions, en particulier sous des formes telles que les programmes de coopératives de crédit, se sont révélées extrêmement heureuses dans des cas spécifiques. L’auteur fait toutefois observer que de telles interventions, qui sont le fait d’ONG et de mouvements sociaux, ne devraient pas se contenter de contourner les circuits officiels mais s’appliquer aussi à responsabiliser plus directement les institutions gouvernementales envers les citoyens et veiller à ce que les fonds publics soient utilisés de telle sorte que les citoyens en général en bénéficient, et en particulier ceux qui ont le plus besoin d’aide, c’est-à-dire les pauvres et surtout les plus défavorisés d’entre eux. Il en résulte qu’il faudrait donner aux femmes pauvres un droit de regard plus étendu sur les deniers publics dépensés pour elles.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Oct 1998
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1012-6511
    From: UNRISD