1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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The Adult Worker Model Family, Gender Equality and Care: The Search for New Policy Principles, and the Possibilities and Problems of a Capabilities Approach



Il semblerait à certains indices que, dans la plupart des Etats providence occidentaux, les responsables politiques sont en train d’abandonner les hypothèses liées à l’idée de “famille modèle de l’homme, soutien de famille”, avec ce qu’elles impliquent quant aux rôles respectifs des hommes et des femmes dans la famille, pour poser de nouvelles hypothèses, liées cette fois-ci à la “famille modèle de l’adulte actif”. Dans le modèle traditionnel de la famille, on partait de l’hypothèse qu’il incombait essentiellement aux hommes de gagner de l’argent et aux femmes de prendre soin des membres de la famille. Les soins à dispenser étaient donc pris en compte, bien qu’au prix de la dépendance économique des femmes par rapport aux hommes. Comment faire entrer les soins dans le nouveau modèle, dans lequel tous les adultes, hommes et femmes, parents ou non, sont censés travailler à plein temps? Le problème est de taille.

Dans cet essai, Jane Lewis et Susy Giullari commencent par examiner ce changement d’hypothèses politiques au niveau de l’Union européenne. Animés par le désir d’encourager les femmes à entrer dans la vie active, les responsables politiques partent de plus en plus de l’idée que le travail des soins incombera au secteur organisé et rémunéré et suivent en cela l’évolution générale de l’aide sociale “passive” à l’aide sociale “active”. Pourtant, dans de nombreux pays occidentaux, le rythme du changement social est plus lent qu’ils ne l’imaginent en posant leurs hypothèses. Les femmes, dans leur grande majorité, sont encore loin de l’autonomie économique.

Les auteurs font valoir que la concrétisation du modèle de l’adulte actif, qui s’appuie sur la marchandisation des soins, se heurte à des limites bien réelles. Les activités de soins sont souvent passives, par exemple lorsqu’il s’agit de surveiller les jeux des enfants. De plus, rien n’indique que la quantité de soins informels nécessaires soit en baisse ou que la valeur que les femmes attachent à ces soins soit sur le déclin. Mais, dans la perspective de l’égalité des sexes, cela pose des questions épineuses. Il importe en particulier d’examiner les conditions dans lesquelles s’opère le changement d’hypothèses en faveur du modèle de l’adulte actif, et surtout la valeur attachée aux activités de soins et le partage dont elles font l’objet.

Les auteurs étudient ensuite les possibilités qu’offre l’approche des capacités de traiter de ces questions. A leur avis, cette approche permet d’aborder la question des soins de façon prometteuse, notamment parce que l’égalité des sexes est une préoccupation centrale à la fois chez Amartya Sen et chez Martha Nussbaum, à qui l’on doit en grande partie cette approche. L’approche des capacités, appliquée au problème de l’égalité des sexes, au travail rémunéré et aux soins, a surtout l’avantage d’offrir un modèle universel d’égalité qui a pour origine la conscience de la diversité humaine.

L’approche des capacités veut que les individus soient en mesure de faire de “vrais” choix, ce qui permet d’avancer des arguments solides en faveur d’une valorisation des soins telle qu’il devient possible d’opter pour eux. Elle permet aussi de justifier des politiques encourageant hommes et femmes à partager les activités de soins. Autrement dit, il est possible de justifier l’appui de l’Etat aux activités de soins et de faire valoir l’impossibilité d’avoir la vraie liberté d’opter pour ce genre de travail tant que les soins ne se voient pas attribuer de valeur monétaire.

Mais le genre d’interdépendance qu’impliquent les rapports de soignant à soigné est difficile à traiter dans un cadre de capacités. De plus, des rapports de force inégaux entre hommes et femmes faussent cette interdépendance, de sorte que les choix que font les hommes limitent ceux des femmes. L’égalité des sexes demande que les activités de soins soient partagées au niveau du ménage, ainsi qu’entre la collectivité et l’individu. En fait, le partage de ces activités entre hommes et femmes augmente aussi les chances de voir les femmes choisir de s’engager dans une forme ou une autre de participation politique.

Ainsi Jane Lewis et Susy Giullari font valoir que les soins doivent être conceptualisés à la fois comme un choix “légitime”, ce que l’approche des capacités aide à faire, et comme une activité humaine nécessaire, ce qui permet ensuite d’affirmer qu’elle doit être partagée entre hommes et femmes. Cela est essentiel si l’on veut que la liberté de choix des femmes soit égale à celle des hommes. Cependant, “forcer” les hommes à partager les activités de soins va à l’encontre des qualités morales jugées caractéristiques de soins dignes de ce nom. Les auteurs expliquent donc que les incitations qui doivent encourager les hommes à participer aux activités de soins doivent être intégrées aux mesures requises pour que les soins puissent être une “véritable” option—les conditions étant que chacun puisse y consacrer du temps, soit rémunéré pour cela, dispose de services et que les horaires de travail soient réglementés. Les auteurs reconnaissent que l’élaboration de politiques sociales permettant aux hommes et aux femmes de faire un vrai choix en faveur d’un travail rémunéré ou d’un travail qui ne l’est pas pose d’énormes difficultés. Mais qu’il s’agisse de bien-être ou de prospérité, il est impossible de choisir de ne pas prendre soin ou de ne pas travailler.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Apr 2005
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8208
    From: UNRISD