1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

  • 0
  • 0

Back | Programme: Genre et développement, Politique sociale et développement

Agrarian Reform, Gender and Land Rights in Uzbekistan



Deniz Kandiyoti analyse ici les résultats, différenciés par sexe, des réformes agraires post-soviétiques en Ouzbékistan. Son étude se fonde sur des travaux de terrain réalisés dans les provinces d’Andijan et du Khârezm entre 2000 et 2001.

Dans la première section, elle situe le processus de réforme agraire dans le contexte de l’économie politique de l’Ouzbékistan, où la production de coton destinée à l’exportation représente une part non négligeable du produit intérieur brut (PIB), des recettes en devises et des emplois. Suite à l’éclatement de l’Union soviétique, une crise des finances publiques provoqua dans les campagnes un double processus de démonétisation et de retour à l’agriculture. Ceci accrut sensiblement l’importance portée aux parcelles de terre familiales et aux terres subsidiaires pour l’autosubsistance, ainsi qu’aux activités informelles non agricoles ou extra-agricoles. En voulant à la fois maintenir les recettes d’exportation provenant de la culture du coton et garantir aux travailleurs ruraux un niveau minimal d’autosubsistance, les décideurs ont accentué la division entre le secteur des petits exploitants, en pleine stagnation, et le secteur des exportations; tous deux dépendant l’un de l’autre. Dans cette étude, Deniz Kandiyoti montre comment une approche différenciée selon le sexe peut éclairer la nature et les modes de fonctionnement de cette dépendance mutuelle.

Dans sa deuxième section, l’auteur se sert des données recueillies au niveau des entreprises pour illustrer le processus de restructuration des exploitations agricoles. La conversion des fermes collectives en sociétés par actions (shirkats) a entraîné des compressions de personnel qui ont touché majoritairement les femmes. La liquidation des fermes collectives et leur remplacement par des fermes indépendantes, organisées en associations d’exploitants agricoles, ont renforcé la place des hommes dans l’exploitation agricole. De plus, si le travail des femmes compte toujours pour une grande part dans la culture des parcelles de terre familiales, des terres subsidiaires privées et la production de coton, elles le fournissent de plus en plus en qualité de travailleuses familiales non rémunérées ou de journalières payées à la pièce.

Enfin, l’auteur analyse l’évolution des moyens d’existence qui s’offrent aux femmes en zones rurales. Les emplois non agricoles dans les secteurs de la santé et l’éducation et dans les industries rurales ont beaucoup souffert de la récession post-soviétique. En dehors de l’agriculture, les seuls autres moyens qu’ont beaucoup de femmes de gagner leur vie sont des formes précaires de travail indépendant dans le commerce et les services du secteur informel. Cependant, ces créneaux professionnels sont de plus en plus saturés à cause du surplus de femmes peu qualifiées et sans emploi, donnant à ce type de diversification un caractère involutif. L’amenuisement des possibilités d’emplois lucratifs pour les femmes s’accompagne d’une autre tendance: le contrat de mariage perd de plus en plus son caractère officiel. L’enregistrement officiel du mariage et du divorce est considéré comme une obligation coûteuse à laquelle on peut aisément échapper en optant pour le mariage et le divorce islamiques (nikoh et talaq). C’est ce que font de plus en plus de gens, bien que la loi sanctionnant la polygamie ou le divorce unilatéral n’ait pas changé. A l’heure actuelle, il semble peu probable que les femmes pauvres ou sans terre en zones rurales réussissent à s’organiser pour défendre leurs intérêts dans un pays où les associations professionnelles, les partis politiques et les organisations de la société civile telles que les ONG manquent encore de présence.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Jun 2002
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8208
    From: UNRISD