1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Iniciativas Campesinas y la Sostenibilidad de los Resultados de las Reformas Agrarias en América Central



Les réformes agraires considérées dans cette étude (Honduras, El Salvador et Nicaragua) ont eu lieu pendant une période de grande expansion des exportations agricoles (coton, canne à sucre, palmier à huile, café, banane et bétail) qu’a connu l’Amérique centrale depuis les années 1950 jusqu’à la fin des années 1970. Les travailleurs agricoles permanents ou saisonniers ont de ce fait constitué la principale base sociale pour les réformes.
Les transformations agraires poussées par les réformes agraires se sont concentrées sur les activités liées aux exportations agricole (les plantations de café, canne à sucre, bananier, palmier à huile). Comme le secteur des propriétaires terriens s’est déplacé, de nouvelles formes d’organisations du travail sont apparues : entreprises d’Etat avec un certain degré de participation directe à la gestion par les travailleurs, ou des unités associatives basées sur une propriété coopérative et la gestion.
Les coalitions qui initièrent les réformes agraires avaient des buts très hétérogènes, comme l’utilisation de la réforme agraire comme un mécanisme de contrôle de l’agitation rurale; le déplacement du secteur des grands propriétaires terriens ou la création d’une base agraire en vue d’une transition vers le socialisme appuyée par les pays socialistes. Dans tous les cas, les initiatives des travailleurs et des fermiers étaient subordonnées à d’autres fractions sociales, malgré la pression et la capacité de mobilisation qu’ils avaient déjà.D’après les données datant du milieu des années 1990, on remarque qu’un quart des familles rurales et un tiers des terres étaient engagées dans les différentes phases de la réforme agraire au Salvador et au Nicaragua. Au Honduras, l’intensité de ces changements était plus faible. Cependant, certaines des initiatives qui ont débuté au cours de cette période et qui étaient liées à la production de bananes et de palmiers à huile furent des exemples parmi les plus importants d’entreprises associatives traitant de la réforme agraire en Amérique latine.

La réalisation des réformes agraires des années 1970 et 1980 aboutira à différents scénarios. Depuis le milieu des années 1980, elles auront à affronter les effets des politiques d’ajustement structurel comme la formation des marchés fonciers. Plus tard, la fin des années 1980 et le début des années 1990 furent marquées par de profonds changements politiques qui ont conduit ultérieurement à des processus révolutionnaires.
Comme résultat, après les guerres civiles des années 1990s, le Salvador et le Nicaragua continuèrent à distribuer des terres dans les secteurs insurgés et aux armées nationales démobilisées. Simultanément, les secteurs bénéficiaires perdirent le contrôle de leurs terres, le capital physique (machines, équipement d’irrigation, etc.) se détériora rapidement. L’accès au crédit bancaire pour le développement ainsi que l’assistance technique diminua significativement.
Diverses stratégies furent mises en place par les confédérations nationales, les fédérations départementales ou régionales ainsi que les groupes locaux comme réponse à cette situation défavorable. Beaucoup des stratégies adoptées mirent en évidence la faiblesse que ces processus affichaient depuis le début. Par exemple, l’absence de participation des bénéficiaires dans l’autogestion des unités de production, ainsi que la prédominance des travailleurs ruraux payés plutôt que des entrepreneurs indépendants.
La première stratégie utilisée par les trois pays de notre étude fut la vente totale ou partielle de la terre par une fraction importante des bénéficiaires, dès que la législation néolibérale le permit. Dans le cas du Salvador, il en découla une forte pression pour utiliser la terre pour le développement urbain. Au Honduras, une grande quantité de terres et l’infrastructure récupérées du secteur réformé furent vendues aux entreprises transnationales aux abords des années 1990. Au Nicaragua, après 1990, spécialement dans la région du Nord Pacifique, bon nombre de coopératives de même que les soldats démobilisés de la guerre civile, cédèrent leurs terrains aux nouveaux propriétaires terriens emergeant dans la production du café, du bétail et des cultures non traditionnelles.
Comme certains fermiers préféraient réduire leurs dettes agricoles ou bancaires tout en continuant à travailler une partie de leurs terres, ils se mirent aussi à les vendre ou à les louer. Dans les trois pays, certains bénéficiaires de la réforme ont loué leurs terres car ils manquaient du capital nécéssaire à leur exploitation. Cependant, la vente de la terre a réduit de manière significative les quantités de terres originairement “contraladas”. A moyen terme, cette situation risquait de réduire les acquis initiaux de la réforme agraire.
La seconde stratégie observée, spécialement au Nicaragua, a été l’individualisation et la division des terres qui étaient auparavant exploitées collectivement. Les estimations globales établissent que près de 90% de coopératives nicaraguayennes de production collective ont parcellisé partiellement ou totalement leurs terres. Il en a résulté des formes intermédiaires dans lesquelles la terre est individuellement exploitée, mais où l’usage collective des machines, de l’irrigation, de l’équipement agro-industriel, la commercialisation et l’accès au crédit persistent.
Une troisième stratégie importante est un changement radical dans les systèmes et techniques de production passant de plans de production spécialisée, inspirée par la première “révolution verte”, aux plans dans lesquels l’agriculture, les activités liées à la foresterie et au bétail sont combinées de façon intense pour atteindre des objectifs à la fois commerciaux et de consommation familiale.
La quatrième stratégie observée surtout au Honduras a été un co-investissement par les propriétaires terriens du secteur réformé dans l’agro-industrie avec des facilités de crédits, une production et une commercialisation des produits. Cela s’est passé dans les plus importantes vallées du pays avec la canne à sucre et les cultures de légumes commerciales ainsi que dans les activités commerciales des céréales de base.
La cinquième stratégie utilisée par les plus importantes organisations travaillistes du secteur réformé a été d’insérer l’agro-industrie, la commercialisation et le financement de la production agricole, particulièrement dans l’exportation. Quelques exemples sont donnés par CONFRAS au Salvador, UNAG/ECODEPA au Nicaragua, des coopératives de production de palmier à huile au Honduras. En général, il est possible de constater actuellement que cette stratégie d’intégration des activités agro-industrielles, commerciales et financières, n’a pas été autant courronnée de succès qu’on le pensait il y a 10 ans.

L’équilibre final des stratégies sus-mentionnées est fortement instable. D’un côté, il est évident qu’il existe une forte tendance à céder la terre de la part des bénéficiaires de la réforme aux autres secteurs. De l’autre, il y a aussi des stratégies de consolidation et de résistance, généralement quand des mécanismes plus flexibles pour l’organisation des entreprises ont été établis, telles les formes combinées de gestion directe individuelle ou collective de la production. Les autres facteurs qui ont contribué au succès de ces stratégies sont le renforcement des jardins potagers d’auto-consommation, l’association de l’agriculture avec l’élevage et des activités forestières, ainsi que l’usage de techniques de production durable autant au niveau parcellaire, qu’au niveau micro-régional. En dehors de ces deux aspects, il y a aussi une frange de l’ancien secteur réformé qui persiste dans la recherche d’alliances avec le secteur privé aux niveaux national et multinational. Ceci a lieu dans un équilibre complexe dû aux risques de perdre leurs propriétés, en conformité avec les stratégies des entrepreneurs de l’agro-industrie.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Jun 1999
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1012-6511
    From: UNRISD