1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Promoting Sustainable Human Development in Cities in the South: A Southeast Asian Perspective



Cette étude porte sur les fréquents décalages que l’on constate entre la théorie et la pratique dans les programmes de développement urbain au tiers monde. S’inspirant de trois études de cas réalisées en Asie du Sud-Est (aux Philippines, en Thaïlande et en Indonésie), elle montre combien il est important de comprendre les problèmes que posent les phénomènes actuels de l’urbanisation, de la démocratisation, de la décentralisation et de la libéralisation économique pour un développement urbain durable.

L’urbanisation dans les pays du Sud-Est asiatique est extrêmement complexe et fluide et soulève de difficiles questions sociales, mais aussi financières et d’infrastructure. Le processus de planification doit réunir des groupes d’individus très différents. De plus, il faut tenir compte des relations complexes entre les villes et leur arrière-pays. La décentralisation et la démocratisation ont encore pour effet de compliquer la situation. Dans la plupart des cas, les institutions locales et régionales sont mal préparées à assumer les responsabilités conséquentes à la décentralisation et les gouvernements centraux sont réticents à céder leur pouvoir à des autorités d’un échelon inférieur. La démocratisation de la prise des décisions est aussi ralentie par des structures politiques locales hostiles à la participation. Dans certains cas, cependant, la démocratie avance et peut servir de fil conducteur dans la planification et la gestion d’un développement durable.

L’auteur doute que la libéralisation économique ait le pouvoir d’atténuer la pauvreté. Il fait observer que les politiques néolibérales sapent les efforts de développement en affaiblissant la responsabilité du gouvernement dans des domaines d’intérêt primordial pour le public. De plus, les réformes allant dans le sens de la liberté de marché sont insensibles à l’environnement et favorisent la fracture sociale en creusant les disparités de revenus.

L’expérience des Philippines permet d’approfondir ces questions. L’urbanisation rapide et une forte incidence de la pauvreté, alliées à un aménagement urbain qui laisse à désirer, ont entraîné des problèmes d’alimentation en eau et de pollution. Pour les pauvres, le régime foncier et les problèmes juridiques très profonds qu’il pose constituent une préoccupation cruciale. L’appareil administratif des Philippines, où la législation a encouragé un transfert de pouvoirs et de ressources à destination des municipalités et des collectivités, pourrait favoriser la réalisation d’initiatives de développement durable. Cependant, la puissance de patrons locaux met en échec de nombreux efforts entrepris pour satisfaire les besoins des pauvres et s’engager sur la voie d’un développement urbain durable. Le développement de l’infrastructure physique a tendance à l’emporter sur les projets communautaires participatifs plus modestes.

La Thaïlande est le moins urbanisé des trois pays étudiés et la pauvreté urbaine y est moins prononcée qu’aux Philippines ou en Indonésie. Les villes sont en général bien alimentées en eau mais les déchets industriels, la pollution, la structure agraire et l’accès aux services posent de graves problèmes. Bien que le but du développement durable figure en bonne place dans les politiques économiques et sociales de la Thaïlande, et malgré quelques progrès réalisés dans le secteur de l’environnement, on ne constate guère de changement au niveau local. La nouvelle constitution thaïlandaise prévoit un renforcement du pouvoir local mais, à l’exception d’une forte participation du secteur privé, les formes participatives de planification locale qu’impose la constitution sont lentes à se mettre en place. Cette lenteur est en partie imputable au Ministère de l’Intérieur, résolu à garder la haute main sur les affaires locales. Elle est due aussi aux rapports de patronage ancrés dans les structures politiques, qui freinent le transfert du pouvoir du gouvernement central aux échelons inférieurs. Les ONG et les collectivités sont assez peu représentées dans la prise des décisions relatives au développement local, qui ne s’inscrit pas dans une vision à long terme.

Bien que des programmes très structurés de développement urbain aient été mis en oeuvre ces dernières années en Indonésie, on assiste encore à une urbanisation sauvage, le plus souvent spontanée, caractérisée par une forte incidence de la pauvreté, surtout depuis l’effondrement de l’économie après juillet 1997. Comme aux Philippines, la pollution de l’environnement et le régime foncier posent de graves problèmes. Mais la politique n’en a que pour la crise économique qui s’éternise et la planification du développement durable reste faible au niveau local. Avec la législation de l’ère post-Suharto, l’Indonésie pourrait faire mieux que la Thaïlande en matière de décentralisation mais l’instabilité actuelle de la situation légale peut aussi bien se révéler contraire aux initiatives de développement durable que les favoriser. Immédiatement après la chute du régime autoritaire, les groupes locaux n’étaient guère coopératifs lors des consultations, craignant qu’elles ne fussent récupérées par le gouvernement. Récemment, cependant, il semblerait qu’ONG et groupes communautaires coopèrent davantage avec les conseils fraîchement élus et avec les autorités municipales.

La dernière section de l’étude relève le rôle que pourrait jouer la nouvelle classe moyenne des villes du Sud-Est asiatique dans les initiatives de développement durable. Après la chute de l’autoritarisme, les aspirations à une plus large participation à la vie politique reviennent en force mais le modèle économique dominant est aussi générateur de divisions sociales.

Les initiatives de développement local qui sont prises depuis peu sont de deux sortes. D’une part, des collectivités pauvres cherchent à améliorer leur qualité de vie avec l’aide d’institutions internationales de développement, des autorités locales et d’ONG. De l’autre, des groupes de la classe moyenne s’organisent pour améliorer la gestion des affaires locales. Pourtant, ces initiatives ne suffisent pas à surmonter les fractures de ces sociétés et à promouvoir un développement humain durable. De plus, cette situation tend à maintenir des rapports de protecteur à protégé dans la politique locale, qui à leur tour bloquent tout mouvement de quelque ampleur militant pour une amélioration sensible des modalités de gestion du développement urbain.

La démocratisation a ouvert de nouveaux espaces aux forces progressistes du changement. Dans ce contexte, les institutions internationales de développement peuvent épauler davantage les organisations communautaires, non seulement pour promouvoir les initiatives d’auto-assistance, mais aussi pour donner à ces organisations plus de poids dans la vie politique locale. Il est en même temps nécessaire de leur fournir un appui au niveau municipal.

Trop souvent, cependant, l’appui extérieur est de courte durée et axé sur des interventions locales. Jusqu’à présent, les programmes urbains intégrés en ont peu bénéficié. En outre, dans l’atmosphère actuelle de crise économique et sociale, les considérations relatives au développement durable peuvent facilement passer à l’arrière-plan. Les institutions extérieures doivent concentrer leur attention sur les moyens à employer pour mettre sur pied et gérer de tels programmes et s’engager à plus long terme en faveur d’interventions moins rigides et plus efficaces dans des situations très fluctuantes. Il faudrait aussi réfléchir au climat national propice au progrès au niveau local. Une telle aide devra consister alors à renforcer tant le processus de décentralisation que les mécanismes destinés à protéger la société et l’environnement des retombées des politiques néolibérales.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 May 2000
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 92-9085-027-2
    ISBN: 92-9085-027-2
    From: UNRISD