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Corporate Social Responsibility in Indonesia: Quixotic Dream or Confident Expectation?



Durant les dix dernières années, un mouvement relativement puissant a vu le jour, notamment en Amérique du Nord et en Europe occidentale, destiné à améliorer la performance sociale et environnementale des grandes entreprises, de leurs filiales et de leurs fournisseurs dans les pays en développement. En examinant le cas de l’Indonésie, cet exposé évalue l’efficacité de cette approche. Deux questions centrales se posent. Premièrement, la responsabilité sociale des entreprises et les initiatives volontaires qui l’accompagnent ont-elles la capacité de changer réellement la manière dont les sociétés transnationales (STN) se comportent au jour le jour?

Deuxièmement, à ce stade de son développement et dans un contexte de crise, la responsabilité sociale des entreprises peut-elle s’appliquer à l’Indonésie?
L’étude est divisée en quatre sections principales. La première renvoie aux facteurs historiques et culturels qui entravent les changements significatifs dans les performances sociales et environnementales des entreprises. La deuxième examine les codes de conduite et la manière dont ils sont perçus en Indonésie. La troisième fait référence à l’impact des grandes entreprises sur l’environnement, en accordant une place particulière aux industries minière et de l’huile de palme. La conclusion aborde la pertinence de la responsabilité sociale des entreprises pour l’Indonésie.

La discussion portant sur les codes de conduite offre, tant à la société civile qu’aux STN, des perspectives quant à la mise en œuvre, aux succès et aux limitations de telles initiatives. D’après l’auteur, les codes sont fondamentalement défectueux pour plusieurs raisons: ils peuvent contribuer à mettre les sociétés hors du système de réglementation national et à court-circuiter le régime de négociation tripartite, ce dernier étant une des réformes majeures du travail ces dernières années; les processus et les résultats de la surveillance sont généralement confidentiels; les surveillants ne voient normalement qu’une ou deux usines choisies par le client; la surveillance est souvent effectuée par des cabinets comptables qui n’ont pas les connaissances techniques requises pour gérer les problèmes souvent complexes de la santé et de la sécurité dans les usines de production; les sanctions en matière d’inobservation sont faibles, voire non-existantes; les codes sont habituellement conçus dans le bureau central, rarement en consultation avec les syndicats ou autres; on trouve souvent des codes avec une spécificité technique plus faible dans les entreprises dominées par des femmes; les codes ne s’appliquent qu’à une infime proportion de travailleurs du pays; et les sociétés insistent souvent pour que les filiales et les sous-traitants améliorent les conditions, sans fournir les ressources en vue d’appuyer de tels changements.

Des mesures provisoires ont été adoptées à la fois par le gouvernement indonésien et par certaines STN pour améliorer leur performance environnementale, mais de telles démarches se limitent généralement à quelques sociétés. Certaines initiatives volontaires lancées par le gouvernement et liées au contrôle de la pollution ont tenté d’inciter au changement en désignant nommément les sociétés, en les couvrant de louanges ou au contraire d’opprobre. Les efforts ont quelque peu porté, mais l’activisme des consommateurs demeure relativement faible, les ressources du gouvernement et des sociétés en vue d’initiatives environnementales se sont raréfiées suite à la crise économique, et seule une minorité de firmes participantes a adopté des mesures significatives pour améliorer les systèmes de gestion de l’environnement. La participation des firmes aux programmes internationaux de certification tels que les ISO14000 demeure minime. Les entreprises qui semblent avoir adopté le langage de la responsabilité des entreprises sont généralement celles qui, telles les sociétés minières, ont été mises sous la lumière des projecteurs, en raison de l’activisme de la société civile internationale.

Dans le contexte de la culture, du développement économique et politique et de la crise en Indonésie, l’auteur conclut que la responsabilité sociale des entreprises demeure un idéal. La transformation actuelle apporte l’instabilité, la crainte et la violence. Dans un tel contexte, il est difficile d’envisager quelque chose d’aussi abstrait que la responsabilité sociale des entreprises. Il est opportun, toutefois, de commencer à mettre en place les institutions, les fondations pour l’enseignement et la formation à la gestion qui sont nécessaires à une réforme politique et commerciale desquelles la responsabilité sociale des entreprises pourrait découler. Toute application plus large de la responsabilité sociale des entreprises doit dériver d’une croyance indigène dans sa nécessité, et non pas représenter un mouvement de résignation face à une nouvelle mode occidentale. Il existe de toute évidence une tension entre ceux qui, dans les pays en développement, perçoivent cela comme une nouvelle imposition des valeurs occidentales, aussi attrayante soit-elle, et ceux qui, dans les pays développés, peut-être cyniquement, souhaitent consommer avec une conscience.

À ce stade de l’histoire indonésienne, la responsabilité sociale des entreprises elle-même ne peut demeurer qu’une image projetée sur un écran: une ébauche sommaire. Tandis que des concepts comme la gouvernance et la responsabilité sociale des entreprises sont en vogue, engendrant un nouveau langage et des équipes d’experts, les difficultés de l’Indonésie sont peut-être plus fondamentales et concernent tout simplement la survie de la nation. La gestion est une compétence nouvelle qui vient d’apparaître en Indonésie. Le type de changement culturel, axé sur la poursuite d’un processus au sein d’une organisation, nécessité par la responsabilité sociale des entreprises, implique des compétences de haut niveau et un processus consultatif actif entre des pairs, qui se distinguent de la direction patriarcale descendante qui caractérise les affaires et les structures de gestion en Indonésie, tant dans les sociétés transnationales que dans les firmes appartenant à des autochtones.

Alors qu’il est équitable de dire que la responsabilité sociale des entreprises apporte une contribution positive aux droits de l’homme pour ceux qui travaillent dans les sociétés transnationales, il est également équitable de dire que cela ne fait de différence que pour les rares firmes ciblées par les consommateurs ou celles qui pensent déjà d’un point de vue éthique et responsable. D’autres industries ne sont pas si favorablement disposées. Ce sont ces anomalies et l’approche quelque peu parcellaire du mouvement de la responsabilité sociale des entreprises qui devraient alerter les citoyens du monde quant à la nécessité d’adopter une approche plus systématique.

Cela dit, la conséquence de la crise économique indonésienne a entraîné une réévaluation de la politique économique et d’investissement, ainsi que de la manière dont les affaires sont gérées en Indonésie. La mentalité précédente à court terme pourrait devoir céder la place au type de réflexion pragmatique et visionnaire à long terme nécessité par une véritable responsabilité sociale des entreprises et soutenu par les principes islamiques régissant les affaires. Cela dépendra énormément du fait de savoir dans quelle mesure le processus de réforme sera approfondi. Il existe un danger, cependant, que la responsabilité civile des entreprises et les initiatives volontaires ne détournent l’attention des vraies questions de réforme juridique et de développement politique et social à plusieurs niveaux. Tandis que la responsabilité sociale des entreprises pourrait profiter à une petite minorité de travailleurs indonésiens et à ceux dont les vies croisent le chemin des STN, le développement et l’adhésion à un système juridique équitable et une réforme institutionnelle seraient bénéfiques pour tous. Sans changements de ce type, la responsabilité sociale des entreprises restera probablement symbolique.

L’histoire récente de l’Indonésie abonde d’exemples d’organismes préconisant les dernières tendances internationales et félicitant l’Indonésie pour un changement illusoire. Il est pertinent de demander si la responsabilité sociale des entreprises a, cette fois, quelque chose de plus à offrir à l’Indonésie que l’équivalent d’une réforme structurelle globale. Tandis que certains font valoir que la responsabilité sociale des entreprises prépare le terrain au développement politique, l’auteur maintient que toute mise en œuvre effective de la responsabilité sociale des entreprises nécessite les rouages d’un gouvernement démocratique efficace et d’une société civile, pour éviter que les entreprises soient à la tête du processus, au lieu du contraire.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Dec 2001
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8216
    From: UNRISD