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Work and Welfare: Revisiting the Linkages from a Gender Perspective


Work and Welfare: Revisiting the Linkages from a Gender Perspective
Les stratégies de réduction de la pauvreté et des inégalités (en particulier lorsqu’elles visent le monde en développement) s’appuient le plus souvent sur certains présupposés fondamentaux: le premier est l’idée qu’une croissance tirée par le marché suffit à créer des emplois et ainsi à accroître le revenu des familles et des individus, et à les arracher à la pauvreté. Le deuxième, que les politiques sociales (ou la protection sociale globalement), sont en mesure de protéger ceux qui ont (temporairement) besoin d’assistance parce que, du fait d’imprévus, leur revenu et leur consommation sont tombés en dessous du niveau de base. Et le troisième, que la croissance et le recul de la pauvreté auront pour effet de réduire les inégalités.

Ces arguments sur la traduction des modes de croissance en acquis pour le bien-être social sont faussés par les présupposés concernant la nature des marchés du travail et de l’emploi. Plusieurs prémisses peuvent être remises en question. Elles concernent: (i) la nature du travail (rémunéré ou non) et la structure et le fonctionnement des marchés du travail; (ii) les rapports entre travail rémunéré et travail non rémunéré, et entre les économies de production et de reproduction; et (iii) les liens entre travail et protection sociale, en particulier la question de savoir si les droits aux prestations sociales sont liés à l’emploi ou en sont indépendants.

Analysés sous l’angle du genre par les auteures, ces rapports et liens livrent des enseignements précieux. Les rôles différents des hommes et des femmes face aux travaux rémunérés et non rémunérés conduisent tout naturellement à réexaminer les arguments invoqués sur les rapports entre travail et protection sociale. Étant donné la division du travail entre hommes et femmes et la nature des mécanismes institutionnels qui structurent différemment leurs chances et leur accès aux ressources (à l’emploi notamment) dans un contexte donné, il est probable que les résultats obtenus par les hommes et les femmes sur le marché du travail se différencient aussi. Dans ces circonstances, des marchés du travail et/ou des politiques sociales différentes risquent de produire des effets différents chez les hommes et les femmes, qui se répercutent sur la protection sociale.

Le fait de prendre pour acquis ou d’encourager l’accès des femmes au travail rémunéré comme condition d’une amélioration des prestations sociales et des droits en la matière a des répercussions sur: (i) le fonctionnement des marchés du travail eux-mêmes car l’offre de travail évolue par rapport à la demande; (ii) les rapports entre les économies de reproduction et de production (quand la première est largement tributaire du travail non rémunéré des femmes); et (iii) l’accès à la protection sociale, avec le risque de voir se reproduire dans la politique sociale les hiérarchies et exclusions créées par l’emploi. D’un autre côté, le fait de dissocier la protection sociale du travail pose d’autres types de problèmes. Comment financer des programmes de protection sociale si ce n’est par des niveaux élevés d’emploi? Cette question est particulièrement préoccupante au niveau macro. Au niveau micro, si le travail non rémunéré n’est pas considéré comme travail à proprement parler, assorti d’une compensation suffisante et de droits incontestables, celles qui s’en chargent (car ce sont, dans leur grande majorité, des femmes) risquent de dépendre d’éléments du système social insuffisamment financés et marginalisés.

Ce document traite des rapports entre emploi et politique sociale sous l’angle du genre. Il pose d’abord, dans la section 1, les bases conceptuelles en s’inspirant de diverses analyses économiques et féministes hétérodoxes pour proposer d’autres manières de comprendre les institutions et les marchés du travail comme structures marquées par une différenciation selon le sexe. Les données empiriques examinées dans la section 2, concernant la persistance de hiérarchies entre les sexes tant dans le travail rémunéré (où cette hiérarchie s’exprime en termes salariaux) que dans le travail non rémunéré (où elle se manifeste par le temps qui y est consacré) – malgré une “masculinisation” sensible de la vie professionnelle des femmes (c’est-à-dire leur activité économique croissante) – ne cadrent guère avec les prédictions des modèles standards des marchés du travail. Les stratifications entre les sexes se manifestent aussi dans le système social où les droits sont liés à l’emploi rémunéré (assurance sociale) et où la capacité de payer permet de prétendre à de meilleures prestations sociales, par opposition aux droits fondés sur le besoin (assistance sociale), qui ne sont pas liés à l’emploi.

Étant donné les structures et les processus qui limitent les chances des femmes de trouver un emploi sur le marché du travail officiel et qui affaiblissent les liens qu’elles ont avec le monde du travail et qui, de ce fait, compromettent leur accès à la sécurité et à la protection sociale, la section 3 examine les rapports et interactions entre travail, emploi et politiques sociales. En conclusion, les auteures tirent les conséquences de cette analyse en indiquant quelles politiques pourraient produire plus d'égalité entre hommes et femmes. Elles rattachent aussi l’analyse, différenciée selon le sexe, de la protection sociale et du travail aux arguments avancés sur la difficulté de dissocier complètement les droits à la protection sociale de l’emploi. Vu sous la perspective du genre, le grand défi consiste à repenser les marchés du travail ou le travail de manière à faire entrer le travail non rémunéré, et en particulier le secteur de la reproduction, dans les grilles d’analyse de l’économie et des marchés, tout en traitant des inégalités inhérentes aux systèmes sociaux qui privilégient les droits acquis par des contributions calculées en fonction du marché et du travail par rapport aux prétentions à l’assistance sociale, qui reposent sur le seul besoin.

Sarah Cook est directrice de l’UNRISD. Shahra Razavi est Coordonnatrice de recherche sur le thème du genre à l’UNRISD.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 19 Dec 2012
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 2305-5375
    From: UNRISD