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Technology, Business and Society Programme Paper 1: Les technologies de l'information et de la communication et le développement social au Sénégal: Un état des lieux

6 Apr 2001

  • Author(s): Olivier Sagna


L’auteur commence par brosser un vaste historique du développement des technologies de l’information et de la communication (TICs) au Sénégal, de la première utilisation du télégraphe en 1859 jusqu’à l’expansion remarquable de la téléphonie et à l’élargissement actuel de l’accès à Internet. Le pays est doté aujourd’hui des infrastructures les plus développées qui soient en matière de technologies des télécommunications et de l’information en Afrique subsaharienne, et Olivier Sagna examine le développement des principaux programmes des institutions et du gouvernement qui ont rendu tout cela possible. Il souligne le rôle important de la Société nationale des télécommunications (SONATEL) dans la mise en place d’une infrastructure de qualité et la prestation de services efficaces. Le rôle changeant de la radio au sein de la société sénégalaise a également été crucial pour le développement du pays. La libéralisation progressive des fréquences radio FM—afin de permettre des diffusions privées et communautaires, hors du contrôle immédiat du gouvernement—a été un des pivots du processus de démocratisation durant les années 1990.

Bien que l’on puisse attribuer au gouvernement le mérite d’avoir reconnu la nécessité de lier les TICs au développement, et cela dès le milieu des années 1980, il n’a pas été facile de coordonner et de mettre en œuvre une série de plans et de programmes destinés à encourager l’exploitation des nouvelles technologies afin de surmonter les problèmes sociaux et économiques existants. Olivier Sagna laisse entendre que cela est étroitement lié à la fragmentation de la responsabilité de la politique des TICs dans le secteur public, et montre comment une bataille pour leur contrôle, en coulisse, a été un obstacle à l’application de la politique nationale cohérente requise pour combler le fossé entre ceux qui peuvent se payer les nouveaux services en matière de TICs et ceux qui ne le peuvent pas. Une politique de réglementation éclairée sera essentielle à cette fin.

L’auteur fournit ensuite des chiffres actualisés sur le rôle des TICs dans l’économie sénégalaise. Le secteur des télécommunications représentait 2,6 pour cent du produit intérieur brut en 1996—chiffre qui devrait atteindre 3,5 pour cent d’ici à l’an 2000. De plus, en 1999, ce secteur a augmenté de 9,5 pour cent environ, comparé à 6 pour cent pour l’économie, dans son ensemble. L’accès aux services de téléphonie, tant fixe que mobile, s’est élargi très rapidement dans les années 1990, premièrement par le biais du succès économique remarquable des “télécentres” privés, autorisés pour la première fois en 1992, et deuxièmement, par suite d’un bond phénoménal de l’utilisation des téléphones cellulaires au cours des trois dernières années (de 7 000 à 100 000 abonnés entre la fin 1997 et la fin 2000).

L’accès à Internet a également augmenté, quoique bien plus lentement. La vraie percée dans l’utilisation d’Internet est survenue en 1996, lorsque la SONATEL et la société américaine MCI ont signé un accord permettant des mises à jour techniques, donnant ainsi le coup d’envoi de l’ère commerciale Internet au Sénégal. En 2000, on comptait 13 prestataires de services Internet dans le pays et quelque 8 500 abonnés inscrits. En outre, plus d’une douzaine de cybercafés ont ouvert à Dakar, et d’autres ont été établis dans la plupart des grandes villes de province. Le fait que la SONATEL offre un taux forfaitaire unique d’accès à Internet dans tout le pays facilite grandement le développement de l’utilisation d’Internet hors de la capitale.

Bien qu’un grand débat entoure les perspectives d’une utilisation créatrice d’Internet dans les secteurs de l’éducation et de la santé au Sénégal, ce genre d’application n’en est qu’à ses premiers balbutiements. La question du coût est manifestement importante. Les expériences précédentes relatives à l’utilisation des TICs pour l’éducation à distance, par exemple, révèlent que celles-ci sont chères et pourraient élargir, plutôt que réduire, les écarts en matière de qualité d’éducation entre les segments privilégiés et non privilégiés de la population. La même préoccupation surgit quand on examine la capacité des petites et moyennes entreprises à faire un bon usage des ordinateurs et d’Internet: à moins d’une formation adéquate et d’une assistance technique à portée de main, les investissements dans l’équipement et les connexions peuvent facilement être gaspillés.

Olivier Sagna est maître-assistant à l’École des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes, Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Etude à commander auprès de l’UNRISD ($ 5 pour les lecteurs dans les pays industrialisés ; $ 2.50 dans les pays en développement et en transition et pour les étudiants).