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Un rapport de l'UNRISD critique la déréglementation néolibérale

1 Jun 2001



Les dégâts causés par le néolibéralisme suscitent un mécontentement croissant. La pauvreté et le chômage progressent dans le tiers monde. Les habitants des pays de l’ex-Union soviétique subissent les rigueurs du marché sans protection sociale adéquate. L’Etat providence est menacé dans les pays de l’OCDE où les travailleurs n’ont pas connu telle précarité depuis des décennies. Parallèlement, le militantisme international s’intensifie. Si les gouvernements, les grandes entreprises et les institutions internationales choisissent d’ignorer ces voix, c’est à leurs risques et périls, déclare l’UNRISD.

Dans un rapport de 195 pages, publié aujourd’hui en langue française, et intitulé Mains visibles: Assumer la responsabilité du développement social, l’UNRISD dresse un sombre état des lieux du monde depuis le Sommet Social de Copenhague de 1995. Il résulte en particulier de la prépondérance accordée au dogme néolibéral qui encourage le désengagement de l’Etat au profit du secteur privé dans le domaine social.

En 1995, beaucoup demandaient la création d’emplois et de meilleurs emplois, une répartition équitable des revenus, l’égalité entre hommes et femmes, moins d’exclusion, et une politique économique qui soit capable de réduire l’instabilité et permette l’expansion au bénéfice de tous. Or, le modèle néolibéral dominant s’est révélé incapable de relever ces défis.

L’incapacité de créer suffisamment d’emplois engendre une pauvreté qui augmente dans presque toutes les régions, dit en substance ce rapport. Il démontre aussi que ce n’est pas parce que le monde s’est globalement appauvri mais parce que les fruits de la croissance sont très inégalement répartis. Et que les inégalités se sont creusées de manière frappante en dix ans.

Le rapport démontre que la foi en la capacité de marchés déréglementés d’offrir les meilleures conditions possibles au développement humain est allée trop loin. Poussé par cette confiance excessive dans la “main invisible” du marché, le monde se rapproche de plus en plus de niveaux intolérables d’inégalités. Il faut donc trouver un équilibre entre intérêts publics et privés. Des marchés performants, fonctionnant de manière à être générateurs de bien-être, ont besoin de l’apport d’un secteur public bien géré, … d’une population saine, instruite et bien informée et de cette stabilité sociale qui vient du contrôle démocratique et d’un niveau acceptable de sécurité sociale”, déclare le rapport.

Il est démontré que plus une économie est vulnérable aux lois du marché mondial, plus important est le rôle social que les gouvernements doivent assumer. Cependant, le programme néolibéral va largement à l’encontre de ce constat. Or, plus la mondialisation progresse, plus on a besoin de normes sociales communes, il faut sortir de l’impasse”, précise l’UNRISD.

Les objectifs qui guident le développement n’évoluent pas dans le sens de la responsabilité sociale. Les gains individuels sont favorisés: l’investisseur est devenu bien plus important que le travailleur, le consommateur mieux considéré que le citoyen”. Remettre en question l’individualisme extrême et le pouvoir absolu de l’argent, réaffirmer la valeur de l’équité et de la solidarité sociale et replacer le/la citoyen(ne) au coeur de la vie publique, tel est le grand défi de notre temps. La ‘main invisible’ du marché est incapable de créér une société qui convienne à tous. Cette capacité n’est donnée qu’à des hommes et des femmes animés par un vif souci du bien public”, conclut le rapport. L’UNRISD appelle ainsi à l’élaboration d’approches nouvelles de la croissance, basées sur le rôle vital que jouent la santé, l’instruction et la sécurité dans la création des conditions du progrès économique.

Mains visibles: Assumer la responsabilité du développement social, ISBN 92-9085-036-1, 195 pages, 2001, CHF 35.00.