1963-2013 - 50 years of Research for Social Change

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Back | Programme: Marchés, entreprises et réglementation, Politique sociale et développement

La commercialisation, la privatisation et l'accès universel à l'eau

  • Projet de: 2003 à 2004


On estime que plus d'un milliard de personnes dans le monde n'ont pas accès à l’eau potable, bien que ce soit un besoin fondamental de l'être humain. L'un des Objectifs de développement du Millénaire des Nations Unies est de réduire ce nombre de moitié.

L'inaccessibilité de l'eau résulte plus souvent de facteurs socio-politiques et d'institutions qui en gênent l'approvisionnement que de la rareté des ressources en eau. Jusqu'à la fin des années 80, l'approvisionnement en eau, dans la grande majorité des pays en développement, était confié à des sociétés publiques. Mais celles-ci n'ont pas investi dans l'équipement les capitaux requis pour desservir en eau toute la population, et les régions, quartiers et populations pauvres ont été souvent négligés. Même les régions qui étaient rattachées aux réserves publiques d'eau souffraient d'un service peu fiable, signe que l'entretien était lui aussi insuffisant.

Au début des années 90, des réformes tendant à commercialiser les services liés à l'eauautrement dit, à appliquer les principes de recouvrement des coûts et de maximisation des profits—et à introduire une participation du secteur privé ont été proposées comme moyen d'augmenter les investissements destinés aux réseaux d'alimentation en eau, d'améliorer l'accès à l'eau de toutes les couches de la population et de réduire la part de financement des services publics incombant à l’Etat. Dans le secteur de l'eau, l'un des moyens les plus courants d'associer le secteur privé consiste à lui accorder une concession, système qui permet à l'Etat de rester propriétaire du réseau tout en cédant à une société privée le droit de l'exploiter.

Mais la commercialisation et la privatisation des services d'eau sont controversées. D'une part, de larges segments de la société s'y opposent vigoureusement, refusant que l'eau soit traitée comme une simple marchandise plutôt que comme un droit de la personne. D'autre part, les hausses des tarifs qu'entraînent les réformes sont impopulaires, comme on pouvait s'y attendre, et les consommateurs ont exprimé leurs préoccupations, violemment parfois, ce qui a souvent provoqué l'arrêt des réformes. De plus, ces hausses sont généralement régressives et frappent les pauvres plus que d'autres couches de la société.

Après une expérience de près de dix ans, la commercialisation des services et la participation du secteur privé aux systèmes d'approvisionnement en eau donnent des résultats décevants un peu partout dans le monde. Au cours des derniers mois par exemple, la Suez Lyonnaise des Eaux a déclaré qu'elle renonçait à la concession des Aguas Argentinas qui alimentent toute la région du grand Buenos Aires (Argentine), et le consortium Mayniland, qui desservait la moitié de la population de Manille (Philippines), a cessé son activité. A Pune (Inde), un projet d'équipement urbain a été annulé pendant la procédure de soumissions d'offres parce que le projet perdait ses appuis politiques. Et il y eut des cas, à Cochabamba (Bolivie) et dans le Tucuman (Argentine), par exemple, où le processus de privatisation a été arrêté à cause du mécontentement des usagers et de l’agitation sociale. Ces exemples d'opposition de la part de la population et de renoncement de sociétés multinationales à des concessions dans des pays en développement remettent en question la viabilité d'un modèle fondé sur la commercialisation des services et la privatisation. Autrement dit, bien qu'elles soient cruellement nécessaires, les réformes entreprises dans le secteur de l'eau n'ont pas encore les effets désirés, ceux d'assurer un accès universel et équitable aux services.

Un nouveau projet de l'Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) a pour objet d'étudier tout un éventail d'expériences touchant à la prestation des services d'approvisionnement en eau, en s'intéressant surtout à celles dans lesquelles le secteur privé est activement impliqué. Il éclairera certains des vrais obstacles qui empêchent le gouvernement et le secteur privé d'alimenter les pauvres en eau potable, ainsi que le rôle joué par la réglementation et les organes de contrôle dans le secteur de l'eau. Le projet a deux objectifs majeurs: élucider la nature du compromis entre rentabilité et équité, qui affecte manifestement la prestation des services d'approvisionnement en eau dans les pays en développement, et identifier les obstacles institutionnels à un accès universel à l'eau.

Huit études de cas—en Afrique du Sud, en Argentine, en Bolivie, au Chili, en Finlande, en Inde, aux Philippines et au Sénégal—ont été commandées. Elles sont destinées à illustrer la diversité des expériences de réforme faites dans le secteur de l'eau. Elles analyseront sous l’angle de la nouvelle économie institutionnelle, de l'économie politique et de l'écologie politique les relations structurelles et les rapports de force qui président à l’apparition et à l’évolution des institutions affectant l'accès à l'eau, ainsi que les résultats des réformes engagées dans le secteur de l'eau dans les pays étudiés.

Ce projet est financé par le budget de l'Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD).