1963-2018 - 55 years of Research for Social Change

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Agrarian Change, Gender and Land Rights: A Brazilian Case Study



Cette étude entend principalement apporter sa contribution à l’analyse de la marginalisation, par les institutions gouvernementales et les mouvements des femmes rurales, des droits fonciers des femmes au Brésil. Pour situer le contexte de cette analyse, l’auteur présente dans la première section les grands changements qui se sont produits, surtout au cours des 20 dernières années, dans l’économie rurale au Brésil et dans la condition des femmes rurales à la suite de la modernisation de l’agriculture. Elle décrit ensuite les problèmes que posent les droits fonciers des femmes du point de vue de (i) l’Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária (INCRA), (ii) du Movimento dos Trabalhadores Sem Terra (MST), qui n’a pas de structure organique séparée pour les femmes, (iii) du syndicalisme rural représenté par la Confederação Nacional dos Trabalhadores da Agricultura (CONTAG), qui a une structure séparée ainsi qu’un système de quota pour assurer la participation des femmes aux activités des syndicats ruraux et (iv) de l’Articulação das Instâncias de Mulheres Trabalhadoras Rurais-Sul et de l’Articulação Nacional de Mulheres Trabalhadoras Rurais, qui ont une structure officiellement autonome pour les femmes. Ces sections reposent sur l’analyse qualitative de documents et de brochures émanant tant du gouvernement que des divers mouvements, et sur les recherches menées sur le terrain entre juillet et septembre 2000.

Les femmes rurales ont commencé à s’organiser au Brésil au début des années 70, au moment où le mouvement social rural s’est mis à réclamer des terres, en particulier dans le sud du pays. La période cruciale de la lutte et de la mobilisation en faveur des droits sociaux et syndicaux des femmes rurales brésiliennes a coïncidé avec la réforme de la Constitution en 1988, qui a garanti l’égalité entre hommes et femmes, ruraux et citadins, en matière de législation du travail et de droits du travail. La lutte pour les droits sociaux et les droits du travail des paysannes a rassemblé—avec des niveaux de participation divers—plusieurs mouvements ruraux qui étaient d’accord pour estimer que la lutte pour la réalisation de ces droits était essentielle pour que les femmes rurales puissent participer aux réunions, mener une vie active hors de la ferme et voient leur travail reconnu comme profession. Néanmoins, la question du titre de propriété, propre ou conjoint, dans la réforme agraire n’a pas été mise en vedette. La Constitution de 1988 prévoyait la possibilité d’attribuer des terres à des couples de femmes et de leur ouvrir le droit à la propriété foncière mais les organes gouvernementaux n’ont pas pour autant réalisé ces droits et fait de cette réalisation leur but. Selon le premier recensement de la réforme agraire organisé par l’INCRA en 1996, seuls 12,62 pour cent des bénéficiaires étaient des femmes.

Etant donné le nombre des enjeux pour les femmes—garantie et mise en œuvre des droits sociaux et syndicaux, occupation de postes clés dans les organes directeurs des mouvements, nécessité d’encourager les femmes rurales à trouver leur identité propre parmi les femmes et garantie de conditions économiques permettant la survie de l’agriculture familiale et des colonies—la question de droits propres ou conjoints à la propriété foncière pour les femmes n’a toujours pas reçu des mouvements ruraux féminins l’attention qu’elle mérite. Elle reste une question de droit parmi d’autres et ne semble pas susciter de grandes attentes quant aux bénéfices à en retirer.

La considération nouvelle dont jouit dans les années 90 la ferme familiale, considération liée parfois à la production des aliments de base, avec les arguments anciens qui s’y rapportent, mais de plus en plus à des conceptions nouvelles du développement rural, est un autre facteur important traité dans l’étude. Des institutions gouvernementales, des mouvements sociaux et des chercheurs universitaires voient dans la ferme familiale le modèle idéal de l’organisation rurale, qui tend à occulter les différences de pouvoir dans la structure familiale. Les hommes, encore considérés comme les chefs de famille, sont les principaux bénéficiaires des politiques visant à renforcer l’agriculture familiale.

L’autonomisation des femmes dans le cadre de la réforme agraire est cependant en train de se réaliser de manière non préméditée, en parallèle avec les revendications formulées par les dirigeants des mouvements ruraux. Les femmes ont joué un rôle actif dans les campements installés sur les terres occupées, la recherche l’a montré, mais l’influence qu’elles y ont gagnée risque de se diluer lorsque les populations se seront établies et que les relations entre hommes et femmes redeviendront ce qu’elles ont toujours été, ou même de se transformer en un ressentiment qui ne pourra pas s’exprimer. A mesure qu’elles s’impliqueront dans diverses activités de production, que ce soit dans des associations féminines, en participant à des coopératives ou même en les présidant ou en travaillant en dehors des colonies, ces femmes pourront voir s’ouvrir d’autres possibilités. Ces options nouvelles pourraient concourir à leur autonomisation.
Julia S. Guivant est professeur de sociologie à l’université fédérale de Santa Catarina, Brésil, où elle coordonne le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les réseaux s’intéressant au développement durable et à l’alimentation.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 Jun 2003
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1020-8208
    From: UNRISD